15 juin 2026 / Kevin Barnes et moi, malentendu persistant. Au printemps 2008, je m’étais rendu à Bruxelles pour assister à un concert de Of Montreal, qui venait de publier Hissing Fauna, Are You the Destroyer ?, son (déjà) huitième opus – je voulais entendre en vrai The Past is a Grotesque Animal, poignante cavalcade psych-kraut d’une douzaine de minutes, échevelée tout autant qu’asphyxiante, qui permettra à Kevin le Romantique de (momentanément) reconquérir sa meuf de l’époque. Il était si content que Nina revienne qu’il en avait – sur scène – oublié d’être maussade : maquillé, franfreluché, aussi gracieux qu’un poussin décapité plongé dans une flaque de paillettes dorées, Kevin se dandinait au son d’une glam-pop bordélique à souhait – je me suis juré de ne plus jamais lui accorder de l’attention. Mais il y a que les ruptures sentimentales, c’est mon truc, et c’est aussi son truc à lui. Le patronyme Of Montreal ? Chagrin d’amour lié à une fille de Montréal. Aethermead ? Une énième séparation : cette fois, c’est Christina qui s’y colle. Chance ! Voilà Kevin enfermé à Brooklyn, en train de charbonner son mal-être sur un vingtième album que j’espère le plus morose possible. C’est que j’attends (en vain) un successeur à The Past is a Grotesque Animal, moi. Épaulé par le claviériste JoJo Glidewell, le bassiste Ross Brand et le batteur Clayton Rychlik, Kevin Barnes nous offre un recueil de ballades sucrées, teintées de pop, de folk et de shoegaze, dont peu s’avèrent mémorables. Mood sweet sixties sur la mélopée lysergique Already Dreaming, groove tranquille à l’appui de Wanting on Air, voix traînante sur la ritournelle My Zhe Zhe. Frais / monotone. La rengaine Listen to Music and Cry fait penser – tant tout y scintille – à un arbre de Noël, mais un arbre de Noël dont les boules seraient gorgées de sirop contre la toux. Il faudra le fuzzy Take the Form pour nous réveiller, avant que le garage-pop When n’emporte l’adhésion et nous rappelle que l’ardeur, qui plus est électrifiée, sied particulièrement à Of Montreal. L’ardeur, la vitalité, la ligne droite, on touche au but. Las, Kevin préfère planer. Malgré quelques éclaircies (la comptine Now We Cringe at the Thought), le reste de l’album est au mieux anecdotique (la country-folk Dismissal Mosaics), et même si l’intitulé de la pop song Lacan in the Family nous arrachera un sourire, il n’en reste pas moins qu’Aethermead est parfaitement dispensable, sauf à le prendre dans le bon sens – il s’agit d’un disque de reconstruction, où l’optimisme est permis, et je serais bien aigre de ne pas le comprendre. Il y a juste que je préfère les chansons tristes.