23 juin 2026 / Avec Can You Hear Me ?, Cowards transforme la tension en langage. Un malaise diffus, entretenu avec méthode, jusqu’à devenir une forme paradoxale de soulagement. C’est sans doute là que les Italiens de Cowards rejoignent l’héritage de Girls Against Boys, cette manière de faire de la friction permanente un moteur, de transformer le malaise en exutoire.
Tout au long de ces huit morceaux, le trio avance sur une ligne de crête où les riffs s’imposent avec une efficacité presque primitive. Des guitares qui lacèrent, une section rythmique obstinée, et surtout ces voix féminines qui surgissent comme des sirènes au milieu du chaos, guidant l’auditeur vers un enfer dont on sait qu’il faudrait s’éloigner, mais dont l’attraction demeure irrésistible.
Sur Tell Me, l’équilibre se fait plus instable encore. Un morceau en clair-obscur, tiraillé entre abandon et résistance, où plane l’ombre de Kurt Cobain. Un yin et un yang détraqués, traversés par une inquiétude sourde qui ne se résout jamais.
Le vertigineux 9 Minutes convoque quant à lui le souvenir du Washing Machine de Sonic Youth, même goût pour les morceaux qui s’étirent jusqu’à l’apoplexie, même capacité à transformer la répétition en expérience sensorielle.
Et c’est peut-être là que réside la force de Cowards : au cœur de la furie, le groupe trouve toujours un point d’accroche presque pop. Mad World en apporte la preuve éclatante, glissant une mélodie immédiate dans un maelström de saturation.
La descente continue avec Bad Trip, véritable plongée dans un paysage mental en surchauffe. Puis vient Your Party Is Gravy, comme un titre échappé des sessions de E.V.O.L., bande-son idéale d’une série anxiogène que l’on dévorerait tard dans la nuit sur une plateforme de streaming.
Lorsque No Return referme l’album, une étrange ambivalence s’installe. Cowards nous laisse face à une tension qui n’a rien de confortable, une tension malsaine, parfois suffocante, mais paradoxalement purificatrice. Et malgré le vertige, malgré l’inconfort, une seule envie subsiste : y retourner.