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Robert, c’est le cousin excentrique qu’enfant l’on admirait : irrévérencieux, perspicace, souvent farfelu, il avait ce petit truc cool qui le rendait spécial, une sorte de relâchement dans l’effort, un goût prononcé pour l’aquoibonisme, une très agaçante facilité à se faire aimer ou pardonner. On se disait qu’avec un tel flow, forcément, le monde allait craquer. Dans le cas des Guided By Voices, formés en 1983 à Dayton par Robert Pollard, ça a failli marcher – porté par le circuit des radios universitaires américaines, le groupe passera de Matador à Capitol Records. Malheureusement, même si Robert et ses comparses placent la chanson Teenage FBI dans la série Buffy the Vampire Slayer, ils atteignent leur plafond de verre et, à l’instar des Ween et autres Beat Happening, devenus cultes à force d’exister, ils vont – dans une indifférence polie – enchaîner les séparations, les reformations mais surtout, les disques. Vingt-deux en solo pour Robert, quarante-quatre pour les Guided By Voices, dont un Bee Thousand que Pitchfork considère comme faisant partie des meilleurs albums des nineties. Rien que ça. L’année dernière ? Pas moins de deux opus, Universe Room et Thick Rich and Delicious, minutieusement évoqué en ces pages. Une telle profusion, quand bien même tout est déjà joué – ni gloire ni argent, c’est trop tard – traduit un profond attachement à la musique. Robert Pollard n’est jamais devenu ministre de la pop, mais il a écrit des milliers de chansons, dont les douze de ce Crawlspace of the Pantheon, qui chasse sur les terres du R.E.M. des débuts : ballades électrifiées, arpèges de guitare, scansion peu soucieuse du tempo, le tout enrobé de saturation lo-fi, on se croirait dans Dazed and Confused. De la grunge pop Lost in the Sun à la kraut-garage When You’re My Clown (Nothing Happens), c’est – en biais – une micro-histoire du rock qui se dessine. Enrobage grunge pour No Shoe Fits (Floating Babies), infusion de british blues sur Arthur Square, zeste de metal (Dagon’s Plunger), quelques solos de guitare (One Last Blow), de l’énergie, des cuivres et des harmonies vocales solaires, dans l’absolu, il y a de quoi être séduit. Sauf que Crawlspace of the Pantheon pâtit d’une production brouillonne, alourdie par la présence constante de saturation, et de compositions parfois poussives – l’ensemble reste honorable, mais sans coup d’éclat, ça ronronne. On prendra donc Crawlspace of the Pantheon pour ce qu’il est, c’est-à-dire l’aimable carte postale que nous adresse annuellement, et sans y penser vraiment, notre ancien cousin préféré.