30 juin 2026 / Quand j’ai réécouté quelques années après l’époque où ça plaisait à toutes mes copines (heu, trois personnes quoi), un album de M (celui avec le génial livret en double flip book), j’ai pensé au portrait de Dorian Grey. On m’avait vendu un mélange de coolitude et d’excentricité parfaitement dosé, dans un packaging inventif et drôle, et puis certaines chansons de son papa m’avaient tellement marqué que je n’ai pas ressenti une seule seconde le besoin de critiquer proprement le truc. M reste super sympa, tel un Dorian Grey du cool, mais ses disques se vérolent au gré du temps de mochetés, de compos rachitiques, d’insipidités, de bêbête, dont je ne pardonnerais pas le dixième à n’importe quel autre chanteur pas connu. En même temps, bah ça passe en "sans prétention", c’est-à-dire, "sans autre prétention qu’à la vacuité". Et, aussi mauvais esprit soit-on, il demeure impossible d’en vouloir à de la musique sympa, à quelqu’un qui prône même médiocrement la gentillesse et la sensibilité - spécialement, aujourd’hui ? - on ne peut que passer son chemin en rageant en dedans, "mreugneu y’a un truc qui cloche, mreugneuh mais comme c’est pas grave, gnarglah, on peut pas mettre le doigt dessus sans passer pour un connard". Dorian Grey mais en plus sans vrai vice, sans méchanceté, à se demander si ma comparaison n’est pas foireuse (ça m’étonnerait beaucoup de moi). Bref, ça m’a foutu en rogne obscure de tomber sur ce CD, d’écouter, finalement pour la première fois vraiment attentivement, M, et je regrette ce temps perdu. Temps perdu que je tenais à partager, car tandis qu’on pourrait croire que tout ça n’a rien à voir avec Picot et son disque, et que ce vieux bougre de witold ne prend même plus la peine de parler des disques qu’il chronique, non non, digressions en open bar, que des digressions, que du hors-sujet, eh ben, en fait, oui un peu, mais pas que.
Le disque de Picot m’évoque celui que j’aurais aimé découvrir après la mode en réécoutant M : oui, des gimmicks, oui, de goguenards clins d’yeux, une impression de variété un poil plus classe, un peu de centre-pop, un dossier de presse très bien rangé (j’ai vu que y’avait tous les formats de fichiers, je l’ai pas lu) du bon goût dans l’air frais du temps (chaud), et oui aussi, comme chez M, de la guitare au polish impeccable, de la guitare qui a lu Guitares et Claviers et qui ne peut s’empêcher de nous demander parfois en nous tirant la manche (avec son manche à elle) : "dis, t’as vu mon joli son ? Je joue bien, hein ?", mais, au-delà de ça, quelque chose, enfin, un truc.
Est-ce l’ode à la distance qui revient (j’entends le mot "loin" plus souvent que partout ailleurs) ? Des harmonies louches sous la ligne claire ? Ces breaks pas bien raisonnables ? Cette tristesse souriante dans la voix qui se teinte à peine parfois de fatigue ? Ces fins abruptes, sur un son, sur rien des fois ? Le formidable riff de guitares en question/réponse Televisionesque de Gymnastique ? Ce long cadavre exquis (les paroles arrivent à ne s’attacher à rien et à se détacher à tout, créant une cohérence dans le flottement) ?
La cohérence dans le flottement, la fragilité pas tranquille, Plan-séquence prend un sel particulier dans ce contexte, "je sais pas vraiment comment jouer/je veux rester planqué", et là, Picot nous lâche un fil sincère, le genre de truc qui se sent, le truc un peu plus risqué, qui te retombera sur la gueule, mode ou pas mode, longtemps après, à la réécoute, tel un M mais en vrai. Sans tube, à cette heure et à vue de MON nez, encore que, je serais vous, je ne ferais pas confiance à mon flair tubesque (et ce serait tant mieux parce que bien mérité).
Alors, je ne ferai pas de sarcasme, je ne lancerai pas "à ton étoile", ou, pire, "rendez-vous dans dix ans", mais, tiens, je vais plutôt remuer la tête en écoutant le clavinet funky de Pioù (clavinet qui sauve pour le coup des harmonies pas bien inventives et une fin un brin convenue, rha tout ne peut pas être au top tout le temps... Ah mais tiens, si ça se trouve, c’est ça le tube, le truc que t’as l’impression d’avoir déjà écouté, justement ? Le cheval de Troie du disque, pas super intéressant musicalement mais qui emmène les ami.e.s vers le reste plus déstructuré, sincère, chelou ?), tout en me disant : "ouhlà cette chronique-là je vois pas du tout comment la terminer. Bah ! Un coup de digressions, un coup de parenthèses de trois kilomètres, et ça le fera !"