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« Ben Gibbard. B.E.N. G.I.B.B.A.R.D. Et qu’on lui choisisse le plus beau marbre et le graveur le plus habile. On prendra soin ensuite de placer la plaque sur orbite. De manière que son nom illumine de sa classe l’ensemble du globe. » Ainsi se pâmait – dans les années 2000 et au sujet du leader des Death Cab For Cutie – la rédaction d’ADA. Il faut rappeler qu’avec Transatlanticism (2003), le groupe originaire de l’état de Washington avait passé un cap, infusant – notamment via un nombre impressionnant de séries télévisées – la pop culture américaine de l’époque, contemporaine de la montée en puissance de nouveaux prescripteurs, incarnée par des webzines tels que Pitchfork, My Old Kentucky Blog et Gorilla vs. Bear. Férus de café latte, de barbes millimétrées et de mélodies ciselées, les nerds en chemise à carreaux avaient le vent en poupe. Signature chez Atlantic Records, une poignée de disques honorables et de nominations aux Grammy Awards plus tard, le guitariste historique Chris Walla se fait la malle, avant que l’aura des Death Cab For Cutie – qui tirent leur patronyme d’une chanson des Bonzo Dog Doo-Dah Band – ne commence à décliner. Pas leur faute, il y a juste que le monde était passé à autre chose. Retour à la case départ underground, donc, avec ce onzième album, le premier pour le label Anti-, maison mère de Wilco. Pas un hasard, tant Ben Gibbard partage avec Jeff Tweedy un goût certain pour la ligne claire, mais Death Cab For Cutie joue en deuxième division indie-pop depuis tant d’années qu’il est probable que la plaque en marbre évoquée en début de chronique ait subi la destinée de la fameuse théière de Bertrand Russell. Elle existe, mais personne ne peut la voir, à l’image de la tour intérieure – mémorielle, émotionnelle – décrite dans I Built You A Tower, qui se décline en deux versions : face A, une ritournelle pop rock arpégée, relativement anecdotique ; face B, son pendant anxiogène, qui clôture l’album et nous laisse sur une pointe d’amertume. Pourtant, le disque est dans son ensemble plutôt solaire : dès l’ouverture, la ballade folk – guitare et piano – Full of Stars tendrement nous grattouille l’échine, comme pour nous suggérer humblement que les DCFC ne nous avaient jamais abandonnés. Sensible et délicat, un petit classique instantané, avant d’enchaîner les compositions plus nerveuses : la rengaine alambiquée Punching the Flowers, dont les gimmicks malins rappellent Vampire Weekend ; le mini-tube teen 00s Pep Talk, chant doublé, jolies inflexions de voix sur les refrains ; l’électrifiée Riptides, en mood...Wilco. En contrepoint, légère mélancolie sur l’élégante Envy the Birds, la post-punk-gaze How Heavenly A State et l’électro-pop Trap Door, l’on perçoit des réminiscences de Low Roar ou Vangelis, l’on plane un peu les yeux dans le vide, l’on pense à cette fichue théière en orbite autour de la lune. Comme tant d’autres à qui l’on a – en début de carrière – tressé une couronne de lauriers trop grande pour eux, Ben Gibbard n’est pas devenu le génie pop du 21ᵉ siècle, mais il mène sa barque introspective avec une lucidité qui lui va comme un gant, et transparaît au travers de chansons – certes peu mémorables mais – tout à fait honnêtes. Bonne nouvelle, deuxième division ou pas, Ben Gibbard a encore des guibolles. Vivement le match retour.




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