7 juillet 2026 / « Il n’y a de beauté que dans le geste, et quand le geste est pur, il touche en plein cœur, puis résonne ». Ainsi l’année dernière évoquions-nous en ces pages l’atmosphérique Résonance, fruit de la fructueuse collaboration entre l’éclectique Yan Kouton – par ailleurs romancier, animateur du site Les Cosaques des Frontières et fondateur à Brest d’une précieuse Maison de la Poésie – et le productif multi-instrumentiste orléanais Olivier Triboulois, dont le stakhanovisme effréné n’a d’égal que son goût pour l’expérimentation et les climats réverbérés. Le visuel de leur nouvel opus, signé Mona Premel, happe le regard tout autant qu’il questionne. Parce qu’il s’agit d’évoquer le corps, et quoi de moins évident que d’habiter un corps, lieu étrange par excellence, dont les lignes de fuite s’arrêtent au bout des doigts, au bout de prunelles aveugles, au bout de pensées diffuses que l’on ne sait pas taire. En dix instrumentaux fantomatiques nourris d’ambient, de trip-hop et de jazz, sur fond de pianos hésitants, de synthétiseurs flottants et de rythmiques déstabilisées – mise en abyme musicale du chaos interne à l’œuvre dans nos psychés hasardeuses – le poète Yan Kouton décline les mille façons d’exister à côté de soi-même, comme si nous étions l’autre d’un je qui ne palpite que dans les yeux des autres. Ses textes, âpres et lumineux, sont ponctuels : ils arrivent à l’heure, mais la destination nous reste inconnue, parce que le voyage, c’est moi, c’est vous, c’est l’autre, c’est nous. En ce sens, Corps inspire, tout autant qu’il exhale - en nos âmes embaumées - sa profonde lucidité intranquille. Vertigineux.