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La disparition d’Ed Askew précède de quelques mois la sortie de The Final Painting. On pourrait être tenté d’y voir un testament, à l’instar du Black Star de Bowie. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Car ces chansons ne regardent pas la mort. Elles regardent la vie avec une intensité que seuls ceux qui savent le temps compté semblent capables d’atteindre.

Tout est vibrant.

La voix, bien sûr. Fragile, fêlée, presque transparente. Mais aussi les silences, les arrangements, cette façon de laisser respirer chaque chanson jusqu’à ce qu’elle trouve sa propre lumière. Une lumière crépusculaire, jamais pesante. Quelque chose qui flotte entre l’ombre et la joie.

On pense parfois à Daniel Johnston. Sur le poignant Bacon & Eggs, sur Someone et ses multiples pistes mélancoliques. Mais la comparaison s’arrête vite. Askew appartenait à cette famille d’artistes qui n’ont jamais fabriqué leur fragilité. Ils l’habitaient.

Le disque avance comme un ciel qui change de couleur. Gray Air-o-Plane possède l’éclat discret d’une étoile solitaire. Winter Song, lui, ne donne pas de réponse. Il pose beaucoup de questions. Et c’est sans doute tout ce que l’on demande aux grandes chansons : continuer à nous interroger bien après leur dernier accord.

Écouter Long Night et se dire que, définitivement, la musique est un lien fragile mais indispensable à la condition même de l’homme. Peu de disques rappellent cela avec autant d’évidence. Les chœurs de Nightingale donnent à l’ensemble une allure de félicité. Une beauté douce, irradiant la chanson sans jamais la soustraire à sa mélancolie. Chez Askew, la joie n’efface rien. Elle accompagne.

Puis vient A Train Is a Thought. Comme un fil de pensées. Un inventaire déclamé sous un ciel au crépuscule. Le cœur brisé d’un homme qui dit qu’il va essayer de s’endormir... pour toujours. Rien n’est forcé. Rien n’est théâtral. Quelques mots seulement, et soudain toute une existence semble tenir dans le souffle d’une chanson.

Au fond, The Final Painting accomplit ce que très peu de disques parviennent encore à faire : rappeler que la fragilité n’est pas le contraire de la force. Elle en est peut-être la forme la plus accomplie.




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