16 juillet 2026 / Il est rigolo, ce disque. Après avoir – en 2011 – célébré les catcheurs (9 1/2 Psychedelic Meditations on British Wrestling of the 1970s and Early ’80s), le vénérable Luke Haines s’attaque aux magiciens télévisés des Swinging Sixties et de la décennie qui suivit. Ici, point de Garcimore, de Gérard Majax, de Bernard Bilis, mais des Mama Cass, Tommy Cooper et autres Graham Bond, inconnus en nos riantes contrées mais si populaires au Royaume-Uni, terre de sorcellerie – liquider la classe ouvrière en moins d’une génération, chapeau bas. Izzy Wizzy Let’s Get Busy, telle était l’incantation vous invitant à regarder le Sooty Show, malheureusement marqué par un scandale d’une ampleur internationale : dans un épisode, l’ourson Sooty et son pote Sweep boivent de la bière au gingembre. Oui. Je sais, ça craint. Imbibé de cette culture populaire au long cours, l’homme derrière rien de moins que les Auteurs, Baader Meinhof et Black Box Recorder, connu pour sa causticité tout autant que son sens de la mélodie, se lance dans un hommage aux héros de son enfance. À quoi faut-il s’attendre ? Bien loin de l’exercice de style stérile ou du défouloir pour musiciens en attente d’inspiration, ce disque est un bonbon. Derrière un visuel complètement barré, Luke Haines nous offre une collection de chansons courtes, bariolées et cohérentes, oscillant entre pop songs acidulées, ballades country-folk bigarrées et comptines boisées. De vraies compositions, donc, enrichies d’arrangements inventifs – chœurs planants, orgues, flûte, et surtout, des solos de guitare fuzzy piquants à souhait. Mentions spéciales à l’entêtante Izzy Wizzy Let’s Get Busy – belle mélodie, et puis, quel plaisir de retrouver l’inimitable timbre vocal lancinant de Luke Haines -, la rengaine pixisienne TV’s On All The Time (les imitations de cris de loup-garou, trop cool) et la catchy Mick Robertson Says, qui rappelle David Bowie. Malgré quelque temps faibles (l’interminable Tommy Cooper – Chaos Magician), l’ensemble – frais, simple, vivifiant – s’écoute d’une traite. De quoi remettre Izzy Wizzy Let’s Get Busy sur la platine ? Pas certain, même si le disque est indubitablement distrayant. Il y a que Luke Haines – depuis le fabuleux New Wave – nous a rendus exigeants. Quitte à évoquer la magie, autant la pratiquer, non ?