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Certaines rééditions ressemblent à des fouilles archéologiques. Elles permettent de remettre en lumière des disques devenus presque mythiques, longtemps réservés aux collectionneurs. Bomb Romantics, premier manifeste discographique de The Blood Arm, appartient à cette catégorie. Enregistré à toute vitesse dans un garage de Los Angeles au début des années 2000, il retrouve aujourd’hui une seconde vie, avec ses qualités intactes... et quelques défauts que le temps n’a pas totalement effacés.

Dès les premiers morceaux, difficile de ne pas se laisser entraîner. On imagine les Strokes terminer leur soirée dans un cabaret dont Peter Doherty aurait discrètement récupéré les clés. Tout vacille avec suffisamment d’élégance pour donner l’impression que l’accident fait partie du spectacle.

Cette insouciance constitue d’ailleurs la grande force du disque. Né dans l’urgence, porté par un groupe qui n’avait ni véritable plan de carrière ni moyens considérables, Bomb Romantics respire cette époque où l’on enregistrait avant tout pour capturer une énergie. Cette spontanéité irrigue encore aujourd’hui des chansons qui semblent constamment sur le point de sortir de leurs gonds.

Le groupe possède également un vrai sens du décalage. Opportunity Knock donne l’impression que les Rolling Stones seraient revenus d’un improbable voyage dans le futur avec quelques drogues de synthèse dans les poches, suffisamment pour dérégler leur rock sans jamais lui faire perdre son pouvoir d’attraction. L’absence revendiquée de bassiste, remplacé par les claviers de Dyan Valdés, participe d’ailleurs à cette sensation permanente de déséquilibre.

Mais l’euphorie des débuts finit par se diluer. Treize morceaux, c’est beaucoup pour une musique qui repose avant tout sur l’énergie de l’instant. À mesure que le disque avance, l’effet de surprise s’émousse. Là où Fontaines D.C. parvient à maintenir une tension presque permanente, The Blood Arm donne parfois l’impression de tourner autour de ses meilleures idées.

Même une échappée vers des accents ska (O Passionate One) ne suffit pas vraiment à relancer la machine. Les chansons conservent leur panache, mais l’ensemble finit par provoquer une légère indigestion.

C’est presque paradoxalement dans ses derniers instants que le disque retrouve un supplément d’âme. Hey Girl possède ce parfum des fins de soirée où les lumières se rallument lentement, où les conversations deviennent plus sincères parce qu’il ne reste plus grand monde pour faire semblant. Bomb Romantics vaut sans doute davantage comme photographie d’un moment que comme album irréprochable. Il capture un groupe au moment précis où tout semblait possible, avec cette fougue propre aux débuts. On en ressort partagé : frustré par une longueur qui émousse l’impact des chansons, mais suffisamment séduit par leur énergie pour comprendre pourquoi, plus de vingt ans après, ce disque méritait enfin de sortir de l’ombre.




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