26 août 2026 / Un grincement flippant dans le grenier à trois heures du matin ? Le râle d’agonie du vieux frigo familial ? Un canard en plastique de chez Womanizer qui subit un crash-test ? Dans le monde réel, un bruit bizarre est un son qu’on ne comprend pas, qu’on ne sait pas traduire et que l’on estime, par conséquent, annonciateur d’un danger potentiel. Dans l’univers du prolifique et néanmoins discret Vania De Bie-Vernet, nul péril à l’horizon, sauf celui de passer à côté d’une référence occulte : avec Bruit Bizarre, nouvel album publié par l’excellente maison nantaise Super Apes Label, le multi-instrumentiste parisien – oscillant entre nostalgie rétro et production expérimentale – signe une œuvre captivante, radieuse et résolument cinématographique. Ainsi l’électro-funk Mouvement cuivré, teinté d’easy listening, qui s’aventure du côté des seventies et d’Isaac Hayes ; ainsi Le portail glissant, plongée nocturne dans une électro évoquant les eighties de Michael Mann ; ainsi Les survoleurs, dont l’exotica – infusée de trip-hop et de piano réverbéré – nous donne envie d’enfiler la chemise de Thomas Magnum. Ludique ? Ultra-soigné. Éclectique, également. Abstract, ambient, jazz ; en onze tracks fluides et lettrées, Bruit Bizarre glisse avec grâce d’un registre à l’autre, lorgne vers la dance (Dance mod), s’offre une pause (Déploiement des ailes), hypnotise (Lone cowgirl) puis se lance – via le morceau éponyme – dans un final psychédélico-existentiel à souhait. Alors, c’est quoi, le bruit bizarre ? Rien de moins que le signal de détresse émis par votre discothèque, vous enjoignant à presser le bouton play.