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Écouter de la musique chantée en occitan redonne la sensation enfantine de toute cette musique où je ne comprenais rien aux paroles, bien longtemps avant de me faire l’oreille à l’anglais. Ce serait déjà un premier plaisir du disque de Sourdure, mais, à côté de cette question de la langue, qui fait sonner le projet d’Ernest Bergez de Sourdurent (collectif thiernois à ne pas confondre, ou alors à confondre mais pas trop, comme l’indique la sibylline équation sur le Bandcamp : « Sourdure=1/2 Sourdurent ») comme une émanation d’une entité extra-terrestre plutôt gentille, quoique volontiers noisy, nous avons à chaque plage une petite aventure musicale, du biniou saturé samplé qui évoquera curieusement des sonorités orientales, des rythmiques qui elles font pulser le souvenir ému du hip hop dingo-bilingue des Fabulous Trobadors : redécouverts à l’occasion d’un brade-disques, ces derniers m’ont semblé sous-estimés, et j’ai aimé le disque où la franche atmosphère d’amitié y était la porte ouverte à l’expérimentation autant sonore que sociale, citoyenne, politique. Si l’on doit faire un peu de chroniquologie comparée, en partageant les mêmes grands-parents, Sourdure m’évoquera un cousin plus véner et sauvage des jouasses Trobadors sus-nommés : plus sombre-minier du Creux de l’Enfer que touloussolaire, plus ardu, plus à part, moins tchatcheur sans conteste, mais sachant manier aussi bien la ligne minimale (ou modeste, simplement) de comptines du fond des temps que l’infrabasse inattendue. L’expérimentation s’y penchera plus sur la linguistique, avec des dialogues avec les machines et des jeux sur les phonèmes (Flor ou Peira avec un sample d’Yves Rouquette). Sourdure sera aussi davantage de notre temps et donc muni d’une dose d’optimisme à l’avenant : quasi-néant. Je n’y chercherai pas la blague ou la petite mélodie pop mais plutôt des grincements et de la poésie sonore. Le magique Rauba entraîne l’auditeur sur une boucle de piano déprimant où voix neutre, vaguement souriante, violon, bruits, effets portent une mélancolie, je ne sais pas, peut-être néo-trip-hopienne, en tout cas vachement belle, un morceau frissonnant, fou ce qu’il faut, un des plus réussis pour moi. Pauvre cirque tape fort aussi, avec l’étonnante Eloïse Decazes (Ah, celle d’Arlt et de Dona Inês !) qui rend le français tout aussi mystérieux qu’une autre langue inconnue. Il y a bien des moments de décrochages pour moi (serait-ce expérimental si l’on ne se perdait jamais) dans cette collection de chansons, mais la démarche sans concession et cette façon piquante de tous côtés d’arroser les racines occitanes sans laisser la moindre prise à la récup réac tradi puante (j’habite près de Béziers...), en ouvrant de salutaires brèches à coups de mortiers, de samplers et de binious, ça fait du bien. Big up à Sourdure, ah ça se dit plus ? Big Oc alors, macarel !




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