10 septembre 2026 / Jurisprudence bleue ? La légende raconte que lorsqu’un certain combo originaire de Los Angeles, mené par le dénommé Rivers Cuomo, donne un nom de couleur au disque qu’il publie, c’est invariablement un bon album. Comment s’appelle ce groupe ? Que s’appelario Weezer. Avec cette vingtième livraison aussi compacte (trente minutes) que généreuse (au moins quatre mini-tubes), les Californiens s’exposent à une litanie d’expressions prêtes-à-mâcher relevant du champ lexical aurifère. De l’or sous les doigts (ça joue vite, fort et bien), vieillesse dorée (aucune trace de lassitude après 34 années d’existence), nouvel âge d’or (un vrai succès d’estime, critique et commercial), doré sur tranche (production analogique, live et sans artifices), mais ou et donc or ni car, vous voyez le genre. Enthousiasmantes, la collaboration avec Wednesday sur la faussement bordélique We Might as Well Be Strangers (qui évoque Pavement), la ballade rapide Up In the Clouds, plus aérienne, et la conclusive The LA Sound, bâtie sur un crescendo saturé de décibels. Des décibels ? En veux-tu en voilà, avec la nouvelle Undone (The Sweater Song), ironiquement baptisée C.E.O. : guitares électriques arpégées, chanté parlé, alternance de couplets calmes et d’énormes refrains... Tout y est. Même ce petit côté Droopy, qui distingue Weezer des autres formations power pop. Un chouia pompeux, le début de l’album laissait pourtant craindre le pire : Say Yes s’enfonce dans un lyrisme poussif digne de Muse (argh) tandis que le brouillon Shine Again se délite en un final ultra lourdingue. Au moment où l’on commençait à maugréer (« tout ce qui brille n’est pas or », bla bla bla), l’air de rien, museau au vent, Droopy se pointe, nous sortant un rédempteur Don’t Make It Weird. Mélodie catchy, saturation granuleuse, entrain légèrement contrarié : le vrai Weezer, quoi, qui charbonne nonchalamment sur le fiévreux Hoops ou le garage fifties The Show Must Go On. Imparfait mais sincère, fougueux sans en faire des caisses, pas nostalgique pour un sou (en or), ce Gold Album est un plaisir simple, un bon petit disque de rock’n roll à croquer sans arrières-pensées.