17 septembre 2026 / Pas honteux, pas génial. A parcourir la liste des disques publiés ou à venir, on se croirait en plein dans les années 2000. The Strokes, Foals, Editors, Bloc Party et, le mois dernier, Interpol, avec ce This Mirror Weighs a Ton dont l’étrange intitulé pourrait sonner comme un aveu d’échec : est-il si difficile pour les New-yorkais d’admettre que le meilleur – soit Turn on the Bright Lights (2002) et Antics (2004) - est derrière eux ? Pour expliquer le lent, l’inexorable déclin artistique du groupe, d’aucuns évoquent le départ en 2010 du bassiste Carlos Dengler, quand bien même son apport créatif reste à mesurer, tandis que d’autres pointent du doigt de très dispensables projets parallèles : le chanteur Paul Banks, en solo sous l’alias Julian Plenti ; le guitariste Daniel Kessler au sein du duo Big Noble ; le batteur Sam Fogarino avec Magnetic Morning et EmptyMansions. S’ouvrant sur le lancinant morceau éponyme, litanie contemplative teintée de trip-hop et de pedal steel guitar, durant laquelle Juliet Seger-Banks accompagne son mari aux chœurs, le huitième album d’Interpol peine à tracer sa route. Il oscille entre un glorieux passé post-punk (le frontal See Out Loud, sur lequel vocalise Daniel Kessler, c’est assez rare pour être signalé), un goût prononcé pour les grosses ballades baveuses (Iron City, piano saucisse et ficelles émotionnelles, dignes de The National… ou Taylor Swift) et une ambition arty assumée (le majestueux Ever the Actor lorgne du côté de Scott Walker ou du David Bowie de la période berlinoise). Ici, la cold wave (Wounded Soldier) côtoie le disco-funk (Wake Up), les batteries ressemblent à des boîtes à rythmes (So Rides the Reindeer), Darling Thoughts paraît produit par Daniel Lanois, l’on se rêve Thom Yorke mais l’on se réveille Phil Collins (Enemy) au tintamarre des percussions hypnotiques de Gunnar Olsen (Puscifer), venu en invité apporter sa pierre à l’édifice, le glorieux Bird and The Serpent se concluant en une longue outro instrumentale absolument enthousiasmante, parce que libre de forme, libre de ton, parce que débarrassée de l’obligation d’avoir bon goût. Éternellement tirés à quatre épingles, Paul Banks et ses acolytes ont peut-être des envies de se vautrer dans la boue ; ça ne donne pas de grandes chansons, mais au moins on sent que face à leur propre usure, le groupe tente de réagir – en piétinant ce lourd, bien trop lourd, bien trop cruel miroir.