20 septembre 2026 / Comme un rideau de pluie irrégulière, de moins en moins dense, qui laisserait lentement apparaître une forme de mélodie contrariée, presque sépulcrale. Avec The Sky Was Out of Tune, Anushka Chkheidze et Robert Lippok nous embarquent dans une étrange traversée où les huit mouvements, tous numérotés en chiffres romains, semblent appartenir à une même pièce immense.
On se retrouve dans une église monstrueuse où trônerait un orgue gigantesque, obligé de se frayer un chemin entre les marais et les forêts denses et dangereuses. Anushka Chkheidze et Robert Lippok avancent sans véritable boussole, comme une prolongation de la fin de 2001 l’Odyssée de l’espace, une traversée lente et parfois douloureuse à la recherche d’une forme de quiétude, de salut ou simplement d’un endroit où poser enfin les pieds.
Ça crépite, mais ce n’est pas du feu. Ce sont les vents provoqués par des basses sèches et parfaitement maîtrisées. Le IV installe au beau milieu du disque une messe quasi tribale, avant que le V ne vienne tout fracasser. Les sons métalliques, les distorsions et les nappes électroniques se déplacent alors sans jamais vraiment trouver leur équilibre, comme si les deux musiciens avaient décidé de construire leur musique sur un sol volontairement instable.
Puis arrive le VI, véritable monolithe au milieu du disque. Une pièce magistrale, hypnotique, qui vous attire lentement avant de laisser deviner derrière ses belles architectures quelque chose de franchement inquiétant. Il sera difficile de tenir le coup si votre traitement contre l’hypertension n’est plus à portée de main, pas davantage si vous avez oublié les petites pilules censées maintenir vos hallucinations à distance.
Et pourtant, cette inquiétude finit par devenir étrangement confortable. On accepte de se perdre dans les paysages construits par Chkheidze et Lippok sans chercher à comprendre exactement ce qui se passe, de suivre les petites mélodies qui apparaissent puis disparaissent, les rythmes qui semblent surgir du brouillard. Jusqu’au VIII, qui nous laisse repartir dans une sorte de moonwalk musical aussi flippant que délicieusement désarticulé.
Le ciel est peut-être désaccordé, mais Anushka Chkheidze et Robert Lippok savent parfaitement nous faire perdre le nôtre.