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Des mélopées, en veux-tu en voilà. Infusé de slowcore et de post-rock, registres qui se prêtent particulièrement bien à la mélancolie, le nouvel album d’Emma Ruth Rundle est un vibrant recueil de complaintes abrasives, sur lesquelles la multi-instrumentiste pose un chant habité, à la théâtralité parfois fatigante. En effet, sur ce These Killing Times au long cours, coproduit par le fidèle Sonny Diperri, la Californienne est vocalement omniprésente : pas une mesure, pas un pont, pas une outro sans chant, jusqu’à l’épuisement. Quand en plus les mélodies – parfumées d’emo – sont peu inspirées, que les morceaux s’étirent jusqu’à huit minutes (l’épique Human Kindness) et que les arrangements jazzy fadasses, tels que sur Anvil, contrastent bien trop avec l’âpreté des guitares et des bourdons, on se dit que These Killing Times porte bien son nom. Sur la roborative ballade Catherine Wheel, on retrouve l’emphase d’une Dolores O’Riordan, tandis que l’indie-folk God’s Picture, aussi feutré que classieux et vaguement ennuyeux, se pare d’un dispensable saxophone réverbéré, joué par Patrick Shiroishi. Bourrative, également, la ballade Don’t Delay Heaven. « Don’t delay heaven, come to me, come to me, push the pain to 7, what you need, whatever you need ». Mais s’arrêter sur les quelques désagréments évoqués serait injuste envers la guitariste de Red Sparowes, que l’on sent plus qu’investie dans son sixième album solo : même contenue, la colère irrigue les huit compositions d’un disque certes bavard, mais qui vise juste. Ainsi l’introductive Powerless, bourdon de piano arpégé et de guitares grésillantes parsemée d’éruptions slowcore, que rehausse une production brute, expressive, sans artifices. En profitent à plein les montagnes russes de la mélopée Enough, où se succèdent accalmies et poussées de fièvre - tout respire puis se calme sur la poignante Oceans of Time, qui voit Melia Baker, Lukas Frank et Marissa Nadler entremêler leurs voix en une sublime harmonie finale. De quoi nous laisser des regrets. Disque de matière et de pléthore, These Killing Times manque de cette sobriété que Mallarmé nommait « le vol d’un colibri » — un album habité, mais qui aurait gagné à laisser davantage de silence respirer entre ses ruines.




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