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« A hard look at a nation in free fall, gripped by fascism » Brocardant en 2023 le plaintif Formal Growth In The Desert, j’imaginais Joe Casey et ses acolytes siroter des cafés latte gorgonzola menthe en réfléchissant à la meilleure manière d’être vertueux dans un monde de méchants : leur gloubi-boulga idéologique m’ayant fait passer à côté d’un disque par ailleurs décousu, je me suis promis – à l’écoute de leur nouvel opus – de taire en moi les considérations mesquines et de me concentrer sur leur musique, même si questionner le réel uniquement quand le nappage vous déplaît, sans en considérer le fond, l’immanent, le rémanent, me paraît aussi superficiel qu’hypocrite. L’exemple des expulsions de clandestins, jamais aussi nombreuses que sous Obama, est très parlant : il faudra le second mandat de Trump pour « découvrir » l’existence de l’ICE - poison redoutable que l’indignation intéressée. Alors oui, j’ai bien compris la métaphore à l’œuvre dans le septième album de Protomartyr – les States sont un hôtel miteux et derrière chaque porte de chaque chambre, un drame se joue – mais l’on s’en tiendra à des considérations esthétiques : Hotel Usona, c’est de la musique d’ascenseur post-punk. Un peu comme si The Fall jouait du Burt Bacharach. Ajoutez-y une touche planante à la Mercury Rev (normal, Dave Fridmann produit le disque) et vous obtiendrez une mixture pour le moins copieuse, oscillant entre complainte fiévreuse rappelant The National (The Old Hotel), ballade gorgée de réverbération (Lavender – Gospel), éruption gothico-noise à la Nick Cave (Feed the Sewer) et easy listening western-des-Enfers (Exalted Eagles). Neuf morceaux, pas un de moins de quatre minutes, le groupe prend son temps pour viser sa cible préférée, l’Oncle Sam. Ici et là, des cordes et des cuivres qui apportent une grandiloquence funeste bienvenue (Sounds We Cannot Hear), des gimmicks électro répétitifs (la litanie arty Converts) et une batterie tout simplement énorme, qui fait vibrer de bas en haut l’Hotel Usona. Mention spéciale au slow ternaire Third Country, qui évoque Lee Hazlewood et Leonard Cohen, mais ne vous méprenez pas, les Protomartyr sont tout sauf ramollis – leur colère est intacte. Sous le sucre filé d’une production ambitieuse, Hotel Usona prend des airs de barbapapa sonore, qui rapidement vous colle aux doigts, puis révèle un arrière-goût de crasse, avant de vous brûler l’estomac. Le pire, c’est qu’on aime ça.




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