> Critiques > Autoproduits



Chez DegHerl, The Smiths et The Cure semblent avoir laissé leurs fantômes dans la même pièce. Une guitare, une basse, quelques mélodies mélancoliques et cette façon très anglaise de faire danser la noirceur. Très 90’s dans l’approche, avec pourtant les années 80 qui continuent de passer derrière les rideaux. Sur True Love, la ressemblance devient même troublante : on pourrait presque croire à un tribute band ayant retrouvé un titre inconnu de Robert Smith et de sa bande. Mais DegHerl ne s’arrête heureusement pas à ce jeu de miroirs.

Formé en 2013, le groupe italien a construit son univers autour du post-punk et de la new wave, avant d’élargir progressivement le spectre vers la dark-wave allemande, le dream-pop et des territoires plus psychédéliques. L’arrivée de Daniela Gullotta a notamment apporté cette nouvelle dimension, avec une voix qui vient contrebalancer celle de Raffaele K. Salinari. Le disque porte ainsi plusieurs époques en lui sans donner complètement l’impression d’appartenir à une seule.

Il suffit alors de quelques secondes pour passer de l’Angleterre à Berlin. Nicht Nur semble sortir des murs du SO36, avec son chant allemand, ses poussées martiales et cette tension qui oscille entre l’agression et la séduction. Xmal Deutschland, Malaria ! ou Nina Hagen ne sont jamais très loin, mais la chanson possède suffisamment de nerfs pour ne pas se réduire à une reconstitution de la cold-wave allemande. Les influences ne sont pas cachées, elles sont plutôt remises en circulation.

C’est également ce qui permet à Nightmare de fonctionner aussi bien. Déjà publié en 2021, le morceau revient ici dans une nouvelle version vocale et semble avoir été installé dans un véhicule plus rapide. Le parfum Joy Division demeure, les guitares apportent quelques éclats de lumière et les jeux de voix transforment l’ensemble en tube imparable. Le genre de chanson qui s’installe sans prévenir, avec beaucoup moins de noirceur qu’elle ne voudrait nous le faire croire.

Ailleurs, DegHerl accepte davantage le flottement. Girl’s Love semble hésiter entre plusieurs univers, les guitares dilatées et le chant féminin faisant glisser le morceau du post-punk vers quelque chose de plus éthéré. Une hésitation qui fonctionne précisément parce qu’elle n’est pas complètement résolue. WishAir, en revanche, possède une basse et un pont à la guitare qui laissent immédiatement deviner les influences, avant une chute qui déçoit un peu. Le morceau avait pourtant installé suffisamment de tension pour mériter une sortie plus convaincante.

Et puis il y a cette drôle de manière de rendre le sombre presque dansant. Your Beauty s’enfonce dans une atmosphère plus dark tout en posant ses pieds sur les dalles lumineuses d’une boîte de nuit. Gang of Four et DEVO semblent passer par là, avec une énergie plus légère qui empêche le disque de s’enfermer dans la mélancolie. On danse avec les fantômes, finalement, et ils ne sont pas forcément venus pour nous faire peur.

DegHerl s’écoule ainsi comme un poison dans les veines, sans avoir le caractère violent d’une drogue dure. Il agit plus lentement, par imprégnation : une basse qui revient, une guitare que l’on reconnaît sans savoir exactement d’où, une voix qui reste quelque part entre deux époques. Un disque nourri de références parfaitement assumées, mais suffisamment vivant pour ne pas se contenter de les collectionner. Les fantômes sont là, certes. Reste à savoir combien de temps ils accepteront encore de quitter la pièce.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.