5 février 2025 / Parfois, quand la tempête s’abat sur nos vies bancales, il ne nous reste plus que le sommeil, le sommeil et la nuit, pour enluminer un quotidien en déréliction. Dormir puis rêver, rêver très fort, compenser l’absence, l’absence de tout et surtout de lumière, par la fréquentation de rives imaginaires, les deux pieds dans l’eau saumâtre de l’espérance de jours meilleurs. Il suffira d’Un Seul Matin Doux pour s’apaiser, et tant pis si la paix est de courte durée, au moins on aura respiré. Après, on repart au combat (contre soi-même ?). Épaulé par rien de moins que Lee Ranaldo (guitariste de feu Sonic Youth), Marc Ribot (dont le CV s’apparente à un Who’s Who underground), Mirabelle Gilis (Rivière, son premier EP, paru en septembre dernier, nous avait plus que ravi) et Julien Noël (clavier de Dominique A), Samuel Lequette ouvre son nouvel album avec S’enfuir, ballade crépusculaire zébrée de guitares électriques brumeuses et d’arrangements luxuriants, à base de cordes et d’arpèges électroniques, mettant en valeur un chant ému tout autant qu’émouvant, dont le phrasé rappelle Miossec. En huit titres et moins d’une demi-heure, Un Seul Matin Doux, produit par Yann Arnaud, fait la part belle à la mélancolie (le midtempo La Liberté) mais n’en oublie pas la simplicité pop, à l’instar d’un catchy Rien personne nulle part jamais qui par sa fausse décontraction rappelle Alain Souchon, ou la jolie-comme-tout ritournelle désabusée / optimiste Une île. Intimiste et néanmoins ambitieux, Hyperrêve propose une variété ourlée, s’inscrivant dans une continuité lettrée (Ma forme préférée, languide alter ego du Ma ligne de chance d’Anna Karina), ouverte sur la modernité (les sonorités synthétiques de J’aime), jamais avare en ornementations naturalistes (les guitares de Je ne me souviens pas) et pas de côté, à l’instar d’Un seul matin doux, dont l’étonnant groove sous perfusion lounge irrigue un spleen palpable. Les nuits maussades valent bien un seul matin doux.