12 février 2025 / Ce nouvel album de The New Mourning, n’est pas totalement nouveau, la moitié étant déjà disponible sur le EP numérique Meaningful. Ce n’est pas que Thomas Pronai, Michi Rieder, Georg et Gerald Allacher soient victimes d’un syndrome spécial (les plus âgés d’entre nous savent que les EP ont longtemps précédé les albums, comme si l’album n’était en fin de compte qu’un EP augmenté.), mais ils ont plutôt un pouvoir qui lui l’est, celui d’a l’instar d’une personnage de Stranger Things, de se mouvoir entre deux mondes, avec l’impression de ne jamais pouvoir franchir de nouveau la frontière dans l’autre sens, une fois la barrière franchie. Steal My Smile en est la démonstration, sorte de titre qui serait sorti du crâne de Thom Yorke et que Neil Young en voiture avec Giant Sand lui auraient piqué sous son bonnet bleu en tendant le bras la fenêtre de la portière ouverte. Beaucoup se jouent dans l’art de la répétition, dans sa maîtrise du moment avant le trop-plein (L.I.C. est de ce point de vue une masterclass, de bout en bout, même quand le fracas semble être la seule porte de sortie), prenant toutes les nuances d’une mélodie, l’enchevêtrant dans une spirale, jamais infernale, mais toujours implacablement juste. La tristesse amie d’Ease The Pain saura jouer chez nous sur la corde de la nostalgie s’évaporant. Fight montrera ses muscles, normal me direz vous avec un tel titre, mais sera un pas de côté qui même s’il se chargera sous la semelle du pied gauche ne portera pas bonheur, on ne s’improvise pas histrion rageur quand on forge son caractère dans les ellipses des torturés. La carapace de Meaningful Jam donnera dans la rondeur, tout à la fois désincarnée et éprise d’un futur, certes visible à des kilomètres, mais digne d’une entrée royale dans un cabaret post rockien. Avec Suit You, le quatuor signe une chanson de Primal Scream offerte à un chanteur en phase de squelletisation et nostalgique de la marche au pas. Après Meaningfull, version Jazz, c’est la version Song qui oblitère toutes les phases de la chanson progressive qui s’étire pour mieux se fondre dans le chaos. Le quatuor prendra congé avec Night of Green, qui n’est pas la traduction d’un fight un soir de vote chez les verts, mais un titre qui se partage au coin du feu en accueillant la fin du monde.
Donc, à défaut d’être totalement nouveau, ce second disque de The New Mourning nous propose une palette de styles et de genres, nous séduisant quasiment de bout en bout, tout en créant chez nous un sentiment de confusion au moment de le ranger, et c’est en cela qu’il est fort recommandable.