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Promesse – pour les heureux possesseurs d’un micro-ordinateur – d’un bonheur pixelisé, la disquette a tant et si bien disparu du paysage informatique que seul le mot, vidé de sa substance, perdure dans une expression n’ayant rien à voir avec l’objet originel : mettre une disquette, c’est utiliser des vocables d’une platitude sans égale, aux fins de baratiner l’autre, à l’instar du très romantique « C’est dans tes yeux que je me vois le mieux ». Si l’obsolescence, humaine ou technologique, est un des épineux sujets évoqués par Gisèle Pape dans son nouvel album, la multi-instrumentiste montreuilloise n’en oublie pas de se montrer optimiste, quand bien même la tonalité musicale du successeur de l’inestimable Caillou (2021) reste sombre, entre gris (l’acier), bleu (la mélancolie) et violet (la magie). Mixées par Ash Workman (Metronomy, Christine and the Queens, Cabane), les dix compositions de Disquette font sans passéisme aucun la part belle aux sonorités synthétiques et, usant d’une palette sonore contrainte, qui met en lumière le minutieux travail sur les voix et les textures rythmiques, s’inscrivent dans une contemporanéité assumée, n’hésitant pas à reprendre certains codes mainstream, à l’instar de la comptine hip-hop Silhouette et son beat simili-trap, du RnB Nous Sommes l’Élan et du singulier Obsolescence (Stromae et Zaho de Sagazan se promènent dans un village du Moyen Âge). Par ailleurs, Gisèle joue comme jamais de son chant, entre spoken word (On nous a fait remarquer ; le catchy Trop), ritournelle (la comptine électro Le Bal des Métamorphoses), et litanie (l’introductif Vivre, sur lequel elle se voit accompagnée par Clément Hubert : salves d’injonctions entrecoupées de refrains-mantras, sur lit de pop électronique minimaliste, basses en avant et beat feutré, impeccable mise en jambe). Mais c’est bel et bien quand s’élève sa voix ciselée – doublée, à la tierce, triplée ou à la quinte – que les morceaux prennent leur envol, comme sur la tubesque ballade Ici sera quelque part (quel clavier entêtant !), ou sur le sommet absolu qu’est la valse électronique Sur La Rive, le genre de chanson intemporelle que chaque artiste devrait rêver d’écrire. S’il y a bien quelque chose que l’obsolescence ne doit pas toucher, c’est la beauté, alors croyez-moi, cette Disquette-là durera.