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En 2012, tandis que ma vie partait en lambeaux, dans un coin de ma tête tournait Put Your Back N 2 It, le remarquable deuxième album de Perfume Genius et, plus particulièrement, la somptueuse scie Hood – rappelez-vous l’irruption de la batterie, le passage en ternaire, quel frisson ; le final trop court, la frustration : le clip réalisé par Winston H. Case montrait Mike Hadreas chercher (et trouver ?) le réconfort dans les bras musclés de l’acteur hongrois Árpád Miklós, décédé l’année suivante. Le contraste entre leurs corpulences, leurs émotions, leur expressivité : c’est débile, mais j’enviais Mike – seul, l’on est incomplet. Jalousie toute métaphorique, sachant que je déteste que l’on me console de quoi ou de qui que ce soit. Quand gronde la tempête, je me réfugie sous la couette, ne laissant personne approcher. Toujours est-il que, depuis cette époque, je garde une certaine tendresse pour l’œuvre du natif de Des Moines, sachant à quel point par ailleurs sa vie a pu être compliquée – hypersensibilité, addictions, autodestruction. Raisonnablement torturé, honnête quant à ses manies, névroses ou craintes, Mike n’en garde pas moins une certaine espièglerie, qui transparaît jusque sur la pochette de son septième opus – visuel signé Cody Critcheloe (aka Ssion), dans lequel il prend une pose figée, grotesque et intrigante (est-il mort ?). Irriguant la discographie de Perfume Genius, esbroufe et sincérité, filles du panache, sont éminemment compatibles, reste à savoir – avec ce Glory au titre que l’on espère taquin – de quel côté la balance va-t-elle pencher : l’attendrissant pianiste des débuts, le simili Burt Hazelwood psychédélique ou le Neil Stipe de la pop californienne ?

Déplaisante surprise que l’ouverture de ce nouvel opus : une chanson country folk 70s à la Neil Young agrémentée de montées de sève très REM (It’s a Mirror, machinale, peu inspirée), puis une mignardise au final éthéré, belle mais ennuyeuse, ornée d’une montée de sève très REM (oui, encore !!!) – No Front Teeth, featuring (sans valeur ajoutée) Aldous Harding. Banal, donc contrariant. Si vous préférez l’attendrissant Perfume Genius des débuts, vous aurez droit à la ballade Me & Angel (piano, batterie feutrée, superbe mais mille fois entendue), à Dion (de l’utilisation de la réverbération comme d’un instrument à part entière) et au conclusif Glory (simple, émouvant, oublié dans la foulée), pas grand-chose. Vous en déduirez que Docteur Mike Hadreas, with Blake Mills aux manettes et accompagné par son fidèle crew (Tim Carr, Meg Duffy, Pat Kelly, Jim Keltner et Greg Uhlmann), a laissé libre cours à Mister Expérimentateur, le musicien qui ne craint ni les registres ni les formats, et pour qui lounge n’est pas un gros mot : la complainte élégiaque aux accents méditerranéens Full On me donne l’impression d’être invité (de force) à une fiesta à Hydra en 1976, quand Carpezio se fait le mix groovy poussif entre Tame Impala et les Flaming Lips, et que Hanging Out me fiche juste mal au crâne (lourd, décousu – tester des trucs, c’est bien, encore faut-il aller quelque part). Plus convaincant, malgré une longue introduction instrumentale qui laissait présager le pire, Left For Tomorrow tire parti du contraste entre les roulements de batterie et les nappes mélancoliques, tandis que Clean Heart (il y a du Arthur Russell dans la gestion de l’espace sonore : pulsation, basse, tintinnabulations, lyrisme lettré) et In a Row – frontal et néanmoins épuré, efflorescence de réverbération et de chœurs épiques – complètent ce trio salvateur, ça fait peu. Le talent et l’ambition artistique de Perfume Genius ne sont pas à remettre en cause, mais à ce stade de sa carrière, Mike Hadreas doit faire un choix : soit l’autoroute (les jolies chansons qui font sourire triste les cœurs mous), soit les chemins de traverse (au risque de perdre, à la manière de Sufjan Stevens avec The Age of Adz, son public), mais jamais d’entre-deux, comme sur ce trop hésitant Glory, qui à force de tout embrasser n’embrasse pas grand-chose. À méditer.




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