22 avril 2025 / Un album de post-black metal qui se conclut sur une reprise de Radiohead, alléchant, non ? De quoi appâter le popeux nostalgique qui sommeille en nous, d’autant plus que Street Spirit (Fade Out), qui figure sur The Bends, date de 1995 ; une éternité. Malheureusement, même si – au chant – P.G. (du combo allemand Groza) fait le job, l’exercice est convenu : cover respectueuse, bien fichue, gros son, mais on dirait du (mauvais) Muse. Tant pis, car l’intérêt de Scorched Earth, le sixième opus de Harakiri For The Sky est ailleurs : dans un maelstrom de registres concassés (metal, pagan, grunge, hardcore, post-rock, cold wave), le duo autrichien – soit le multi-instrumentiste Matthias Sollak et le screamer JJ alias Michael V. Wahntraum, accompagnés à la batterie par Kerim Lechner (Septicflesh) – nous offre des compositions épiques, aux structures particulièrement alambiquées et dont la durée dépasse les huit minutes, histoire de nous infuser dans une orgie de décibels. Si l’on retrouve sur Scorched Earth certains marqueurs du black metal, il est évident que Harakiri For The Sky vise le syncrétisme, à l’instar de Keep Me Longing, qui démarre au piano, vire lyrique, emphase, émotion héroïque, guitares arpégées et passage en son clair, à tel point que l’on dirait du post-rock joué à toute vitesse (65daysofstatics avec des riffs heavy), de Without You I’m Just a Sad Song, avec son intro azimutée digne d’une bande son d’anime frappadingue, entre noise et emo, quasi pop dans son accessibilité, ou de No Graves But the Sea et sa dynamique punk rock qui vire prog world : l’on s’y perd un peu. Rien à dire, la production est impeccable, tout comme les interventions de Tim Yatras (sur Heal Me) et Serena Cherry (l’émouvant Too Late for Goodbyes), l’on ne peut que louer le duo pour sa puissance de frappe – certes nuancée par des accalmies mélancoliques – mais la plasticité de l’ensemble nuit à la profondeur du propos : si les textes respirent le mal-être et la difficulté d’exister dans un monde au bord du chaos, Harakiri For The Sky, à trop se disperser, ne fait qu’effleurer la noirceur à laquelle il aspire, rappelant (involontairement) la vague nu metal de la fin des 90s, qui laissera derrière elle peu de chefs-d’œuvre. Scorched Earth, ou comment trop de synthèse tue la synthèse.