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Interview réalisée via mail en octobre 2003

Ca va mieux non ?

— Ce soir, ça va. Mais, je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. Mis de côté tous les problèmes que chacun peut rencontre, je ne suis pas quelqu’un de pessimiste. Donc, je peux dire, sans trop avoir peur, que oui, ça va mieux. Mais, ai-je été plus mal que d’habitude qu’aujourd’hui .

Ce disque c’est comme une thérapie pour toi, l’instant où tu as décidé de tout vider ?

— Non, pas vraiment. Si je parlais de mes problèmes personnels dans mes chansons, ce n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Je n’ai d’ailleurs jamais agi ainsi. Bien sûr, ma vie interfère sur les histoires que je raconte, mais, heureusement pour moi, je ne raconte que des histoires….

C’est quoi l’histoire de La Fresto avant ce disque ?

— J’ai commencé à faire de la musique très jeune, mais je n’ai jamais été doué pour le jeu en tant que tel. Alors, j’ai tenté de m’adapter, d’utiliser mes capacités dans des créations non classiques. Puis, j’ai réussi à acquérir un quatre pistes et comme je n’aimais pas ma voix à l’époque (1992), je l’accélérais, inspiré par les Residents. En fait, j’ai toujours fonctionné de la même manière. Je me suis constamment adapté à mes déficiences de musicien en devenir. J’ai écrit plusieurs albums cassettes sur des labels underground à partir de 1992. Et puis, j’ai rencontré Vincent Chauvier de Lithium qui a crû assez rapidement en moi et qui m’a surtout permis de m’affirmer un peu plus. Cette confiance m’a aussi aidé à explorer d’autres voix.

Les personnages de ce disque sont-ils des gens de ta connaissance (La Mégère, Arnaqueur) ?

— Il n’y a aucune histoire de ce disque qui n’ait pas été vécue d’une certaine manière. Alors, oui, forcément, je me suis inspiré de personnes de mon entourage. Leurs histoires, souvent dramatiques, parfois drôles, je les ai transformées et grossies. Ce que je raconte n’est pas ce qu’elles ont vécues réellement, mais ce qu’elles auraient vécues si j’avais été à leur place… .

Tu travailles comment ? L’accident est il le moteur de la création pour toi ?

— Je travaille avec les moyens du bord. C’est à dire avec un ordinateur, un sampleur, des claviers et une guitare. L’accident est effectivement tout ce que j’aime dans la musique. C’est l’imprévu, l’aléatoire, la défaillance qui font avancer les choses. Je déteste par dessus tout ce qui est figé, la bienséance et la coutume musicale. C’est aussi pour cela que je développe un projet purement électronique, annexe à La Fresto, qui s’appelle The Crisding Bladading, basé justement sur des erreurs de programmations et instruit par toute une histoire de bidouilles. Pour La Fresto, c’est un peu la même chose, sauf qu’il y a des textes.

Cela te dérange le côté psychiatrique de ton disque au final ? je sais en lisant des papiers sur ce disque que beaucoup n’ont pas eu le courage de le percer et d’aller plus loin ?

— Je ne crois pas que ce disque ait une facette psychiatrique. C’est une analyse purement journalistique. Qu’il dévoile des pans de ma personnalité, je ne le conteste pas. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures cependant. Si je développe une certaine folie, elle est mienne et ne relève pas de la psychiatrie. Et je pense que si tel était le cas, je ne serais pas le seul à goûter aux plaisirs des pilules. Maintenant, que des journalistes n’aient pas désiré aller plus loin qu’une première ou ébauche de première écoute, je ne peux pas leur en vouloir. Ils sont débordés de travail, les journalistes chroniqueurs. Parler de courage dans ce cas précis ne me paraît pas adéquat. Je n’ai quand même pas révolutionné le genre ! .

La filiation Dominique A, Diabologum, Programme tu l’acceptes ?

— Je l’accepte sans aucun problème, évidemment. Dominique A est un artiste dont le talent est incontestable. Il a pris énormément de risques à différentes étapes de sa carrière, je pense notamment à l’album Remué alors que tout le monde attendait un Mémoire Neuve bis ; c’est la locomotive de la nouvelle génération. S’inspirer d’un homme comme lui ne devrait choquer personne. Diabologum, Programme, et tu aurais pu citer Expérience, sont ce qui se fait de mieux en France depuis des lustres. On peut pavoiser devant des groupes qui remplissent les caisses des maisons de disques ou qui ne sont crées que pour ça, mais il va falloir attendre un bon bout de temps avant de découvrir de nouveaux talents qui arrivent à la cheville de ces groupes là ! Cependant, je ne prétends pas faire aussi bien qu’eux. Je m’en suis inspiré, et c’est déjà pas mal. Ces références, au même titre que Lithium, m’ont permis d’y croire un peu plus.

Tu te situes dans le paysage music français ?

— Je ne cherche pas vraiment à me situer, en fait. J’écoute ce qui se fait. J’aime, je n’aime pas et je continue. Miossec, TTC ou MC Jean Gab’1 me plaisent bien.

C’est qui en fin de compte La Fresto ?

— C’est un projet qui remonte au début des années 90 et c’est moi en même temps. Je ne suis pas vraiment ce que je laisse paraître. Il aurait été dommage alors de signer un album avec mon vrai nom. La Fresto, c’est une partie de ce que je ne serais jamais, finalement .

Tu connais les asiles d’aliénés ? Enfin moi je vais pas tarder à connaître, tellement Allo ? me fait flipper. L’expérience est d’ailleurs de s’en servir sur un film de Murnau ! ?

— Tu parles de Friedrich-Wilhelm Murnau ? Je ne connais pas bien ce cinéaste. Allo ? me fait aujourd’hui flipper parce que Colette est morte. On l’entend sur ce morceau.

Tu t’es rendu compte de la monté en puissance glauque de ton disque ?

— Je ne trouve pas que mon disque soit glauque. Il est vrai que si l’on s’arrête au premier degré des textes, ce n’est pas simple. Je suis quelqu’un pourtant de foncièrement optimiste et la couverture de l’album est justement là pour le prouver. Le track-listing de l’album fonctionne aussi en ce sens. Quatre Années, l’une des chansons les plus dures, achève l’aventure de Ca va mieux, non ? mais répond en quelque sorte à la question initiale.

En voyant la pochette on pouvait croire à un disque d’un gentil déconneur et on se retrouve avec un Programme caché ? t’es malade non ?

— C’est vrai que Programme a été l’une de mes dernières grosses références musicales, au même titre que Aphex Twin ou Matmos. C’est l’attachement à la musique concrète qui m’a touché et surtout le côté novateur chez ces artistes ou groupes. Pourtant, je ne crois pas jouer dans la même cour que Programme. Mes propos sont moins sombres quand même.

Question qui me taraude…. Les lions de la pochette il sont mort de rire ?

— Les lions ? Nous les avons mangés avec le photographe William Denizet et le graphiste Noky. Il suffit d’y penser très fort !

On ne peut pas se quitter sans parler de la fin de l’emblème de l’indépendance en France ? La vie sans Lithium est elle possible !

— Je ne sais pas si Lithium était l’emblème de l’indépendance en France, mais il est vrai que la situation actuelle n’est pas très rassurante. Les références n’existent plus. Il va falloir attendre le contre mouvement qui va forcément naître dans les mois à venir. Pour le moment, on est mal barré. La vie sans Lithium est forcément possible. Pour ce qui est de La Fresto, je ne sais pas précisément ce que je vais faire. J’écris de nouvelles chansons en prenant un temps précieux. Je ne suis pas au pied du mur pour sortir un second disque dans l’immédiat. En fait, je travaille la scène avec Guilhem, un guitariste. Ce musicien avec qui je m’entends très bien jouera sur le deuxième album, si celui-ci doit voir le jour. Ce sera beaucoup plus tendu musicalement, plus punk dans l’esprit aussi. Enfin, j’ai des tonnes de projets annexes : The Crisding Bladading (musique électronique expérimentale), un livre, une BD et un space-opera. Tout ça m’occupe entre deux tasses de café .

Ton panthéon en une dizaine de disque ?

— Tricky, Tricky Kid / Aphex Twin, Girl Boy ep. / OMD, Messages / Frank Black, Los Angeles / Robert Wyatt, Seasong / Angelo Badalamenti, Falling / Dominique A, Le courage des oiseaux / Diabologum, La maman et la putain / Pauline, new ep. / The Third Eye Foundation, Fear of a wack planet



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