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Pas vraiment des questions, des mots couchés après des écoutes répétées d’un disque qui vampirise le temps comme l’ombre vampirise des lieux. Des notes de travail comme des envies d’en savoir plus, des réponses comme pour mieux épaissir le mystère. Voici Lou, la nageuse aux mots troubles.

ADA – Une si longue absence ?

LOU - Une absence à moi même. On dit parfois "briller par son absence"..Cela suppose des gens pour le remarquer..

ADA – L’écriture comme placebo ?

LOU - C’est possible ; écrire ( même des chansons) tient de la chimie, de la pharmacopée, du "tableau 3".. L’effet produit amène au manque, à l’addiction, au désir, et donc au manque ..et ainsi de suite..

ADA – De la vengeance, de la résignation,

LOU - L’esprit de vengeance ne tient pas la route et je n’en veux à personne sauf à moi. Sinon, une résignation à désirer toujours..mon côté Sisyphe.

ADA – Paris et ses tentacules ?

LOU - Paris m’appartient, c’est ma ville, je suis chez moi, c’est mon rocher. J’aime surtout y revenir.. c’est un peu comme revenir à moi même.

ADA – Nagez vous comme Polly Jean Harvey ?

LOU - J’aimerais bien..Quel souffle..! Vue et entendue la première fois , dans "Down by the water" , elle est devenue pour moi, la plus sidérante des sirènes jamais entendues.. Je pense quelquefois à faire une thèse, une analyse scrupuleuse de son chant. La façon dont les mots se forment dans sa bouche, sa prononciation par exemple est à la fois, forte, intellligente et sensuelle. Aucun tic de chanteuse. J’aime les chanteurs d’abord dans leur phonétique, par exemple : Pascal Bouaziz ( Mendelson), David Bowie, Barbara, Dominque A, Chan Marshall, Stephane Lheraut (aka Pumuckl).

ADA – De la pudeur ? Une absence de séduction factice ?

LOU - Ce qui séduit c’est le désir qui émane de quelqu’un. Le désir en marche, celui de vivre peut suffire par exemple.. La pudeur c’est autre chose, c’est mon culte du secret, garder de la réserve, garder des choses en réserve..au cas où. Imaginons que ça dure..

ADA – La douceur ou la tension ?

LOU - Dans la musique, dans la voix, dans la façon de jouer d’un instrument, il faudrait un mix ideal des deux. De toute façon, le concept de "douceur" est souvent usurpé appliqué au caractère de quelqu’un. ..J’ai rarement rencontré des gens vraiment doux. La douceur de l’air, du temps, là oui. La peau. Une sensation oui.

ADA – Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve ?

LOU - Une belle chanson..mais je ne sais pas. Je ne crois pas qu’être "heureux" soit particulièrement un but à atteindre.. ou alors comme ce que dit Deleuze de la sensation de flotter dans la mer : " N’est ce pas un étrange bonheur.. ?". La jouissance, oui. Des états de plaisir, des bouffées de bonheur.. Sinon, le bonheur comme ambition, c’est avec ça qu’on nous tient..la vie, ce n’est pas le bonheur, ça se saurait.

ADA– L’eau comme votre élément

LOU - Oui, se glisser dans l’eau. Faire corps. Mais en marchant aussi, c’est pareil, je marche vite paraît il, j’évite les gens, je me faufile dans l’air. C’est la fluidité surtout que j’aime ; en tout.

ADA – L’ombre, une compagnie de saison uniquement ?

LOU - Ma saison préférée..

ADA – Sculpter les sons, façonner les mots …. vous travailler de vos mains ?

LOU - C’est ciselé paraît il..mais je ne sais rien faire de mes mains, ça doit être un genre de scalpel mental, une vocation de chirurgienne refoulée..

ADA – Un bel accident que le Rien de Rien de construit du quatrième morceau (1’34’’)

LOU - Tellement ; que depuis votre question, je l’ai réécouté des dizaines de fois..et je ne vois toujours pas.. En même temps l’idée que quelque chose m’ait échappé me trouble..mais je vous crois, il doit y avoir quelque chose..mais quoi ?

ADA – Amoureuse avant tout ?

LOU - Comment écrire ou chanter ou faire quoique ce soit sinon ? S’en souvenir peut suffire parfois. C’est comme une malle au trésor, entr’ouverte en permanence.

ADA – Vous laisser guider ?

LOU - Impossible. Tant que je ne saurais pas piloter un 747.. J’ai toujours l’impression qu’il n’y a pas de pilote dans "l’avion "( le grand avion où on est tous). Sinon, le tango est une belle métaphore, les deux danseurs "conduisent" en fait, mais on voit autre chose.

ADA – Le ciel vous pardonnera ?

LOU - J’en doute, j’ai trop pêché..( des poissons magnifiques).

ADA - On vous suivra Lou

LOU - ... Paris, le 20 Juin 2010

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