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Face A

01- LE DÉSERT COMMENCE LÀ

C’était un beau dimanche de janvier. Au réveil, je suis directement allé brancher une boîte à rythmes dans un ampli, j’ai laissé tourner le rythme en boucle dans la pièce, pour voir, et suis allé mangé quelques biscuits. J’avais envie de faire un beau truc mais j’étais réellement sec, aucune ligne mélodique ni texte dans les cartons, du coup, l’idée du désert et du recommencement s’est imposé rapidement et a déclenché tout le reste, mélodie, structure, arrangement... je crois que j’étais mûr pour ce morceau, il est sorti comme ça. C’est aussi le plus bel exemple du disque pour illustrer mon mode de fonctionnement, je n’écris quasiment rien de façon posée ou réfléchie, je ne noircis le papier que lorsque j’ai un son qui tourne ou qu’une ambiance est enregistrée. C’est un état que je cherche, je ne sépare pas l’écriture de l’enregistrement ou de cet état.

02- BAS RELIEF

Variation instrumentale autour d’un thème qu’on retrouve aussi pour clôturer la face A, sur le titre Polina. J’aime particulièrement cet exercice de style, travailler les couleurs, les ambiances, dans l’esprit des musiques de films des 60’s / 70’s. À partir d’une même mélodie, on fait un jerk, une valse, une bossa-nova... on essaie une flûte par ci, un harmonica par là... Enfin ici, l’idée était de travailler l’épure, une voix, un orgue pour harmoniser, une auto-harpe et un piano.

03- VERS LES TOMBES

Ca a été le premier morceau écrit pour le disque. Au départ, une pédale d’effet achetée sur Le Bon Coin® mais oubliée aussitôt. Elle dormait depuis un an derrière d’autres trucs, ce jour-là, pour une raison obscure, j’ai pensé à elle. C’est donc un pur morceau collage à partir de la matière produite avec ce ’jouet’. J’aime assez bien la construction en escalier du titre qui ouvre sur la partie finale avec les trompettes. Ce disque a d’ailleurs été un bon prétexte pour tester aussi ma technique de trompette, je débute. Sinon, la confrontation entre la musique assez pop / enjouée et un texte plus sombre et intimiste est une forme esthétique vers laquelle je reviens assez régulièrement et qu’on a pas mal mis à l’épreuve avec les Frères Nubuck, une caresse / un coup de trique.

04- À LA PLACE DU CŒUR

Un orgue et un piano qui tournent. Une guitare et une trompette pour peupler le décor. Sûrement le titre le plus hypnotique et nocturne du disque. Un instrumental qui donne un peu de profondeur à l’ensemble selon moi mais sûrement aussi quelques réminiscences de mes écoutes religieuses de Philip Glass... en version courte et drômoise...

05- POLINA

"J’te jure, je vais t’en coller une...". Ce morceau commence avec de 2 fillettes qui s’engueulent en Russie et se termine en Mongolie avec la voix d’un homme qui apprend à compter jusqu’à 21 en français. Ce sont des bribes d’enregistrements que j’avais réalisés en voyage. J’avais un thème mélodique en tête pour travailler autour de cette matière, il restait à trouver l’orchestration, j’ai essayé de marier des instruments acoustiques à des textures plus électroniques. Au final, ce titre m’a permis d’arriver à la conclusion (tout à fait satisfaisante pour moi) que le fameux son de clavier du titre/tube Pop Corn (Gershon Kingsley - 1969) se marie extrêmement bien à un banjo. Et puis ce titre porte aussi le nom d’une fille dont je suis très amoureux, ce n’est pas rien.

Face B

06- MORSE

Chanson qui part d’une suite d’accords qui m’a transpercée l’oreille. Un beau son de clavier et une guitare un peu rapeuse ont fait que le texte s’est presque écrit naturellement, partir de ma ville natale (Valence) pour évoquer une morsure.

07- L’ETNA & MOURIR

Sûrement le titre le plus proche de mes précédents disques instrumentaux (Rémy Chante), c’est un dispositif simple avec une mélodie/motif soutenu par un travail harmonique/rythmique qui crée les variations. Un mélange de modes aussi, majeur / mineur, pour un titre assez enlevé et mélo, l’art d’être mélancolique et joyeux à la fois. Je reviens souvent vers ce type de couleurs mais sans préméditation, il doit y avoir un peu de moi au fond.

08- JAMAIS SANS MA HACHE

Quand on s’appelle Chevalrex et qu’on nomme un morceau Jamais sans ma hache, il faut s’attendre à des malentendus. CISM, une très bonne radio Montréalaise, a diffusé plusieurs titres du disque pendant quelque temps et un jour, après un passage à l’antenne, un animateur, à l’accent absolument incroyable, découvre le morceau en direct et explique qu’il s’attendait, après avoir vu le titre et le nom du "band" à une "pièce médiévale", il est du coup resté assez sceptique. C’est dommage, c’est probablement l’un de mes morceaux préféré du disque, un pur accident, ça s’est posé comme ça un soir, texte et musique, entre minuit et deux heures du matin, j’ai joué la trompette tout doucement pour ne pas réveiller les voisins, rien de médiéval.

09- FORCÉMENT FÉROCE

Le morceau le plus long et complexe du disque, au départ écrit pour un film de l’artiste/peintre belge Benjamin Demeyere. J’ai repris la version initiale qui était 2 fois plus longue pour la synthétiser. Apès avoir empilé des pistes à l’enregistrement autour d’un thème, (guitares, synthés, trompettes...), le morceau a surtout été écrit au montage. Je joue au Lego® avec les pistes, je teste des associations, je colle, décolle, recolle... C’est un puzzle géant, ça nécessite de se mettre dans un état assez particulier mais à un moment (quand tout se passe bien) les choses se mettent à fonctionner et le morceau prend. Je ne saurais pas dire pourquoi.

10- MARIAGE TAHITIEN

Petite douceur enregistrée dans ma cour avec les oiseaux en fond. J’ai essayé des versions plus orchestrées de cette vignette mais, comme bien souvent, rien n’égale la simplicité.

Petite précision, ce disque a été écrit et enregistré assez rapidement, en un gros mois entre Janvier et Février 2013 puis a été édité dans la foulée en 200 exemplaires vinyls. Pour ces 200 disques, 200 pochettes uniques ont été réalisées par le collectif Brest Brest Brest et l’artiste belge Benjamin Demeyere.



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