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1999, tout doit disparaître, c’était la dernière ligne d’un activisme sonique sans précédant en France. A l’époque les Thugs nous quittaient sur " I Loved This Way ", finissant a cappella une carrière pleine de fureur et de son dispensé avec une rare intelligente. I Loved This Way sera alors l’épitaphe parfaite du groupe rock que la France ne méritait pas, eux signaient sur Sub Pop quand d’autres signaient chez Barclay. Tout chez les Thugs était inattaquable, même leurs pochettes (on regrettera d’ailleurs celle de cette compilation) comme de parfaites iconographies à poster sur les murs de nos villes. Un activisme sonique donc retracé en deux cd’s de classiques (le phénoménal cycling) de morceaux live bruts (Vince Taylor comme jamais ) ou des inédits sortis de compilation souvent revendicative. Car les Thugs avaient cet esprit politique, mais le projetaient sans le poétiser, et quand ils ouvrent et ferment avec cette femme qui crie (welcome to the club) cette femme de chez Wonder chère à Hervé le Roux, ils se font autant l’écho du KO social que du cri comme unique forme de discussion face aux murs. Jamais d’ailleurs les Thugs n’iront dans les murs, pas de sortie de route, pas de crash, pas de volontariat vers la reconnaissance, ils n’auront de cesse que de repousser les murs que ce soit de la méconnaissance ou du son. Pour les paraphraser sur le seul titre en français même si c’est dur il resteront debout. Groupe trop droit pour être mythique, les Thugs rendront au rock sa facture sacerdotale, étant aussi heureux que possible et ne donnant au repos que la forme de la grève. Une certaine idée du rock est donc morte un soir de 1999 quand trois frères et un ami décidèrent de tout voir disparaître. Thugs en français cela veut dire voyous. Jamais ce nom ne nous avait autant fait aimer la lutte contre l’ordre trop établi. A (re)découvrir absolument tant que cette route fermée est ouverte.