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Qui se cache derrière ce patronyme ?

— Fred Debief : Un duo ! Thierry Lorée, multi-instrumentiste, bête de scène et arrangeur de talent et ma pomme, auteur et metteur en son autiste…

Comment on se retrouve sur le Label de l’indispensable Amaury Cambuzat ?

— Fred Debief : Ça a été assez simple…et très rapide ! On a monté le projet en octobre 2010 et on a sorti en février 2011 un premier opus, « One », en français et anglais, une autoproduction en digital uniquement. Les retours ont été très positifs et on s’est servi de cet album comme démo auprès de plusieurs labels…J’avais lu une interview d’Amaury (que je connaissais et appréciais en tant que leader d’Ulan Bator) qui parlait de son label…de sa manière de voir les choses…de sa passion…Je lui ai envoyé un mail, avec l’adresse de l’album…Quelques heures après, il me contactait pour me dire qu’il voulait nous signer…Je crois que ça a été un vrai coup de cœur pour lui…et une superbe rencontre pour nous. Amaury est un vrai passionné, un type entier, franc…Les temps sont durs pour les petites structures comme la sienne, mais malgré ça, il tient bon, sort ce qui lui plait – en dehors de tout formatage ou de tout planning commercial…on est vraiment content de cette rencontre…et même si on ne s’est pas encore vus « in real life »…on envisage de travailler ensemble musicalement…si nos chemins arrivent à se croiser un jour !

C’est pas totalement à l’encontre de tout que de sortir un disque aussi long, un « album concept » ?

— Fred Debief : Je ne sais pas…pour nous, malgré nos parcours différents, les albums qui nous marquent le plus, sans être forcément des « concepts-albums », sont des albums où il se passe quelque chose, dans le sens presque narratif…ou au moins dans la manière dont les morceaux s’enchaînent, la manière dont l’ambiance évolue…un peu comme un film… si on retrouve la même scène déclinée sur une heure trente, c’est chiant…comme pas mal de groupes qui alignent 10 morceaux dans un genre qui ne dévie pas d’un pouce sur le même album…il y a bien sûr de très belles réussites, mais il y a aussi une « fermeture », un aspect autarcique : je fais de la chanson, alors voilà 10 ballades, je suis un groupe de stoner, alors voilà 10 tracks de stoner, je fais du dubstep, voilà une heure de dubstep…En fait on ne veut privilégier aucun genre musical…il y a de la bonne et de la mauvaise musique, quel que soit le « style », le genre…On n’a aucune réflexion de ce type quand on démarre un morceau…on joue et on voit ce qui se passe, sachant qu’il peut tout se passer… Pour en revenir à ta question…c’est vrai qu’on a rapidement eu envie de travailler dans un esprit concept-album – grâce aux couleurs musicales et aux textes, nombreux et intimistes…On a rapidement eu en tête « Melody Nelson » de Gainsbourg – sans prétention aucune – et ça a été un modèle pour finaliser l’album. Alors oui, avec un nom comme le nôtre et un album aussi bavard, on va sans doute à l’encontre de pas mal de trucs en ce moment !

Il m’a été difficile de faire le lien de suite entre musique et texte. Les textes se sont imposés puis la musique, l’ambiance est venue plus tardivement. Votre modèle créatif est aussi dans ce sens ?

— Fred Debief : Non, c’est même plutôt l’inverse ! on commence souvent par un « ping-pong », l’un de nous pose un riff (basse, batterie, guitare, synthé ou n’importe quoi), l’autre répond et ainsi de suite…Le texte n’arrive qu’ensuite, une fois une idée musicale posée…Et si cette base nous parait intéressante, Thierry s’occupe de faire avancer le morceau et commence à arranger…Dès que « l’idée » de l’album est là, on finalise, on lisse, on épure, on travaille les sons et les ambiances, on réfléchit à la structure, aux enchaînements, en essayant de rester cohérent sur la musicalité comme sur les textes…

On pense irrémédiablement à Gainsbourg (le phrasé de « La Gifle ») mais également à Rodolphe Burger. Quelles sont vos sources d’inspiration ?

— Fred Debief : Nos sources d’inspiration sont assez vastes…on a tous les deux un parcours musical et des références très différents…on pourrait dire qu’on a des zones d’influences communes : Pour ce qui est de la chanson française, on pourrait citer Ferré, Gainsbourg, Bashung, Fontaine, Higelin, Burger, Katerine, Francoiz Breut, ou plus récemment les Mansfield tya…Pour le reste, ça va de Bach aux Suuns, en passant par la plupart des courants nés dans les années 80 qui ont été la bande-son de notre adolescence… (punk, cold wave, new wave…ha bin voilà, les étiquettes ça aide à aller plus vite dans les interviews ;)… Ça, c’est un peu le tronc commun…après, Thierry écoute pas mal de chansons, du funk, du punk et moi plus de musique contemporaine, électronique, industrielle…En fait, on pourrait écrire un bottin de nos influences…

C’est un sacerdoce l’écriture exclusive en français ?

— Fred Debief : Rien de sacré là dedans en tout cas ! Et ça n’est pas vraiment une vocation…disons simplement que le français est la langue que je maîtrise le mieux…donc je me sens forcément plus à l’aise pour décrire des sentiments et m’amuser avec la forme…Mais j’ai écrit quelques morceaux en anglais (Something sur l’album One par exemple) et je compte poursuivre et pourquoi pas en allemand…mais c’est vrai que je ne peux pas avoir les mêmes prétentions dans une langue que j’aime parler, mais qui n’est pas la mienne…C’est donc plus une question de maîtrise que d’envie… En tout cas, on a envie de chanter dans plein de langues, mais on préfère s’entourer d’auteurs qui vont ramener une vraie substance…plutôt que de brailler un texte mal écrit…

Vous définissez comment votre style ? de l’electro rock poétique ou littéraire ?

— Fred Debief : On préférerait être rangé dans les « inclassables » ;)…on n’a aucune envie de refaire le même album, ni même de s’exprimer de la même manière…Le besoin de « définir », de mettre des étiquettes répond à des besoins plutôt « utilitaires », pour être sûr de trouver ses affaires, c’est bien de savoir dans quel tiroir on les range…mais je crois que c’est l’affaire des auditeurs, des chroniqueurs…On s’en fout un peu en fait…Mais on est souvent confrontés à ce genre de problème quand il s’agit de promouvoir notre travail : Thierry a récemment rempli un champ obligatoire du type « genre » en indiquant « humain »…c’est non seulement une belle référence, mais c’est aussi l’étiquette qui nous sied le mieux… ;)

Deux est ouvertement un disque sexuel (« cf « Noueux »). En littérature c’est la chose la plus difficile, écrire une scène de sexe (dixit Houellebecq), vous avez lutté pour ce texte par exemple où il s’est imposé ?

— Fred Debief : J’écris la plupart du temps d’un jet…C’est le cas pour ce texte là…donc je ne me rends pas vraiment compte…mais globalement, oui, une fois l’idée en tête, les mots viennent assez naturellement…

Vous parlez dans « Demain » de souffrir de plus de mots. Il n’y a pas un risque dans cette écriture de la phrase facile des jeux de mots ?

— Fred Debief : Je suis un grand fan des jeux de mots…même si c’est parfois basique. Je pense que j’aurais fait un bon comique troupier ! Mais d’une manière générale, je ne cherche jamais le jeu de mot pour le jeu de mot…Si c’est gratuit, s’il n’y a pas de sens sur l’ensemble du texte, ça ne m’intéresse pas… Bashung était très fort pour ça…des jeux de mots souvent très limites, mais qui dans l’ensemble, dans l’unité du morceau ne sont pas ridicules pour autant, au contraire, ils donnent une couleur et apportent une légèreté à des textes qui ne le sont pas forcément sur le fond…C’est un élément de contraste qui me plait…

Le sang, la vie, le sexe….quelles sont vos thématiques de prédilection ?

— Fred Debief : Ah, ah, ah…non, le sang n’est pas une thématique particulière chez nous… ! On n’a pas vraiment de thématique de prédilection…Comme tout le monde je pense, on réagit à ce qui nous touche, que ce soit de l’ordre de l’intime ou du sociétal…ça dépend des jours, des phases…de ce qu’on vit en somme… »Deux » est un album très personnel, très intime donc oui, sexe, amour et mort sont omniprésents mais il y a aussi un morceau qui raconte la naissance de mon premier enfant ou un autre qui parle simplement d’insomnie, de maux de têtes…bref, les textes essayent de refléter les états d’esprits très différents qui jalonnent notre quotidien, nos vies...

Vous travaillez déjà sur 3 ?

— Fred Debief : Bon,, c’est le moment où on passe pour des fous…Oui, la suite de « Deux » est quasiment terminée : on envisage un double album « ¾ » pour lequel « 3 » sera une transition, assez intime, vers un « 4 » plus léger, décalé…plutôt orienté sur des préoccupations de société…Si tout va bien, l’album devrait sortir en fin d’année, toujours sur Acid Cobra. On est également en train de finir un album en anglais, basé sur les poèmes de William Blake, album très différent de « Deux » musicalement, plus rock, épuré…et avis aux amateurs, nous cherchons un producteur pour cet album ! On travaille aussi avec une écrivaine New-yorkaise, probablement un Ep à venir et deux autres projets sont en cours : le premier sur Bukowski (une longue digression musicale – comme une tournée des bars avec Charles), le second sur Claude Pélieu (poète et collagiste proche des gens de la Beat Generation), un projet qui me tient particulièrement à cœur, c’est un auteur que j’admire et pour lequel je devrais faire quelques lectures à Paris à l’occasion de la sortie d’un livre d’inédits « Un amour de Beatnik »…Nous essayerons de sortir un Ep à la rentrée, comme un accompagnement au livre… Et nous avons encore sous le coude un Ep de morceaux composés à l’époque de « Deux » et que nous avons écartés parce qu’ils étaient basés sur des textes d’autres auteurs (français et anglais) et ne rentraient pas dans le concept de « Deux ». Et entre ces projets, nous continuons de faire des cover, diffusées gratuitement, après The Cure – « A forest », repris en français, nous avons publié récemment une « reinterprétation » de « Je suis inadaptée » de Brigitte Fontaine…

Vous tournez avec ce disque ? Quel est d’ailleurs le dispositif scénique ?

— Fred Debief : Hé non, nous ne tournons pas pour l’heure et c’est délibéré. Nous avons choisis de faire les choses un peu à l’envers de ce qui se fait habituellement : on a préféré dans un premier temps focaliser sur la production, trouver des méthodes de travail qui nous permettent d’avancer…Thierry est un musicien de scène depuis plus de 25 ans donc l’envie est là, mais nous ne voulons pas nous produire à deux sur scène, on a vraiment envie de retravailler les morceaux spécialement pour le live en s’entourant de musiciens…On a commencé à recruter et on devrait commencer les répétitions à la rentrée…Les premiers concerts de lufdbf seront donc pour 2013, pas avant !

Le mot de la fin est pour vous

— Fred Debief : Comme on produit beaucoup et qu’on ne tourne pas encore, il est difficile pour nous d’avoir une bonne visibilité…Difficile aussi d’accrocher des labels qui préfèrent signer des artistes qui font de la scène pour promouvoir leurs albums…donc, nous avons besoin de vous ! Si vous aimez notre travail, n’hésitez pas à faire tourner l’info et bien sûr à acheter les albums ;)

Site : http://www.lufdbf.net

Facebook : http://www.facebook.com/Lufdbf

Bandcamp (albums « One » et « Deux », digital) : http://lufdbf.bandcamp.com/

Soundcloud (covers et inédits) : http://soundcloud.com/lufdbf CD1D (Album « Deux », CD) : http://cd1d.com/fr/album/deux