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Song for J

La solitude. C’est un sujet qui revient sans cesse. « Even when they’re all around, even if they look so kind, no one could understand you », on peut être entouré, soutenu et pourtant toujours seul. Le risque c’est de s’y complaire et de s’y perdre, de s’oublier.

C’est fou le temps qu’on peut perdre à se regarder le nombril ! Un jour il devient nécessaire de se bouger et, à défaut de prendre les choses en main, de se rendre compte que mon pire ennemi, c’est moi.

« Song for J » a été écrite en 2012 à une époque où j’allais plutôt bien. Pourtant j’avais comme un besoin de régurgiter les 10 dernières années passées à accoucher d’un statut d’adulte auquel je n’étais pas préparé...

Maricha

Ce morceau, j’ai l’impression que c’est celui que les gens aiment le moins... pourtant, je suis très content d’avoir pu trouver cette petite douceur pour mes doigts. Je l’ai voulu très acoustique, sans grande production derrière. On est au cœur du projet DIY, avec les moyens du bord, sans prétention et comme à la maison.

Je l’ai positionné en deuxième sur l’album parce que je n’avais pas d’autre endroit où la placer... elle est différente mais très importante pour moi. Écrite durant l’été 2008, cette chanson parle d’un de mes sujets de prédilection : les actes manqués. Le summum de la lose sentimentale.

Des fois on sait qu’une belle histoire aurait pu naître. Seulement le timing, l’époque, les lieux font qu’on peut passer à côté. C’est comme ça. Il nous reste tout de même la possibilité d’embellir la personne et d’imaginer l’importance qu’elle aurait pu avoir.

The reed

La chanson la plus personnelle. A partir du moment où j’ai joué "The reed" au début de l’année 2007, les choses ont changé. Pour la première fois j’osais imaginer que je pouvais faire plus et mieux avec ma guitare et surtout avec ma voix. La version enregistrée est très différente de la version en concert. La triple voix apporte beaucoup mais paradoxalement le rendu en live est super intime.

A partir de ce 3ème titre l’album raconte une histoire. Une histoire d’amour qui, une fois n’est pas coutume, se termine mal. Avec "The reed" on s’installe dans une ambiance lourde qui traduit tout le mal être et l’impuissance d’une personne coincée dans une situation inextricable. La seule sortie possible est l’implosion.

So easy

"So easy" est la chanson la plus vieille de l’album. Je l’ai composé en 2004, avant mon arrivée à Strasbourg, dans la chambre d’étudiant que j’occupais chez mes grands parents en région parisienne. J’avais oublié cette chanson et je n’y ai plus pensé pendant 1 an jusqu’au jour où par hasard j’ai retrouvé un enregistrement que j’avais fait sur mon MD.

Bref, cette chanson en duo avec Salomé (qui joue également de la clarinette sur "Song for J" et "Coïtus Pragmaticus") a une structure plus pop. Il n’y a rien d’extraordinaire à la guitare mais les deux voix s’entremêlent à merveille. Je joue rarement cette chanson en concert car je trouve que tout son intérêt réside dans l’harmonie des deux voix. C’est le seul morceau sur lequel je ne chante pas toutes les parties vocales. Avec du recul sur l’enregistrement, je regrette un peu que la deuxième guitare soit très en retrait.

Miss Canada

Encore une chanson que j’ai délaissée pendant un certain temps après l’avoir écrite en juillet 2008. D’ailleurs elle ne devait pas figurer sur l’album. Mais à ma grande surprise cette chanson plaît. Elle est plus bougeante, peut être plus accessible, elle me permet de donner un peu de punch à l’ensemble.

Cette chanson est vraiment cool à jouer, elle fait mouche à chaque fois. L’enregistrement me plait parce que les couches de guitares ne dénaturent pas le morceau. Bill, qui s’est occupé de l’enregistrement, a fait un super travail sur ce morceau.

J’aime beaucoup ma capacité à rendre le principal protagoniste lâche et faible... Il y a beaucoup d’ironie et de second degré dans cette histoire.

The road forks

En tant qu’autodidacte, j’avais toujours rêvé de créer un morceau de guitare un peu "complexe". Il y a des chansons que j’aurais voulu savoir jouer comme par exemple "Independance day" ou "Tomorrow tomorrow" d’Elliott Smith sur l’album xo. C’est simple à l’oreille mais techniquement c’est une vraie gymnastique des doigts et de l’esprit. J’admire complètement.

Alors avec "The road forks", on en est encore loin, mais je suis très fier de ce morceau rapide. En live la moindre erreur s’entend et si je perds je fil c’est mort... heureusement ça n’arrive pas souvent. Une chanson que techniquement je trouve compliquée mais que je prends toujours un grand plaisir à jouer.

Coïtus Pragmaticus

J’ai beaucoup de mal à la jouer en live parce que c’est la seule chanson qui, je trouve n’est pas adaptée à ma petite guitare... bizarre. Du coup j’ai dû emprunter la guitare de quelqu’un d’autre pour l’enregistrement. C’est la seule chanson qui ne veut pas dire grand chose : "I began to lose control when the sun hit the road and the moon fell in love with a horse on a heel"... littéralement "J’ai perdu le contrôle quand le soleil prit la route et la lune tomba amoureuse d’un cheval sur un talon"... j’assume, les autres textes rattrapent largement celui-ci ! A l’époque, automne 2008, une période assez difficile, je m’étais vraiment concentré sur le fait de me prouver que je pouvais faire une chanson joyeuse, malgré tout.

J’avais envie d’une chanson plus enjouée, avec des choeurs derrière et finalement il y a une espèce de monotonie qui en ressort. Cette chanson n’est pas ce qu’elle aurait du être. Néanmoins, la partie avec la clarinette est l’un des meilleurs moments de l’album. J’ai laissé quartier libre à ma clarinettiste. Ce son apparaît au moment où le passage "the devil closed his arms" est chanté... Salomé s’est dit que la partie clarinette pouvait représenter le diable dans cette histoire rocambolesque, et à partir de là elle a créé quelque chose de machiavéliquement beau.

Life in Oz (part 2)

Interlude rempli de tristesse et de mélancolie, Life in Oz (part 2), que j’ai commencé à jouer en 2010, tient une place primordiale dans cet ensemble. C’est la chanson qui me permet de faire la jonction entre des morceaux calmes et rythmés du début et la fin de l’album plus mélancolique. Bill s’est fait plaisir avec les claviers à la fin. Ca change des autres morceaux, j’aime que la fin ne soit pas abrupte, qu’on se perde dans les méandres de cet hymne à la rédemption.

Le cynisme est de mise dans cette balade simple mais nécessaire. Le texte rappelle quelques éléments essentiels et basiques d’une histoire amoureuse : "life is insane, always the same, waiting to find love. Love is the same, always insane, falling for her, make her suffer and start again".

The night butterfly

Une veille chanson datant de janvier 2008 qualifiée de "radioheadesque" par certains membres de mon entourage. C’est vrai qu’avant de découvrir le jeu de guitare d’Elliott Smith, ma référence ultime était Thom Yorke pour sa voix et son charisme.

"The night butterfly" ce n’est absolument pas le papillon de nuit, qui se dit d’ailleurs "moth" en anglais, c’est juste la meilleure représentation que j’avais pu me faire, à l’époque, de l’infidélité.

C’est une chanson qui me tient à cœur mais que je n’ose pas encore beaucoup jouer en live. Elle est difficile vocalement et ne tient que sur deux cordes de guitare... d’ailleurs en la créant je lui trouvais un je ne sais quoi du jeu de guitare du "Falling man" de Blonde Redhead.

Bury / Shalom

Cette chanson, écrite au printemps 2011, est la plus travaillée au niveau des paroles et pour autant la plus acoustique, la plus simple au niveau des arrangements. En concert je finis très souvent mes sets par ce morceau et le public est très touché. Il se compose de trois parties. La première est une suite d’accords simples qui se font plaquer et se succèdent lentement. La voix est posée, cristalline. Un peu comme au théâtre, lors des trois coups tapés au brigadier, cette partie annonce un dénouement imminent. Le voile se lève sur un jeu de guitare qui se fait plus rapide, plus saccadé. La voix s’autorise quelques envolées fragiles, le refrain entendu lors du premier passage est repris à 100 à l’heure, le tout restant ultra acoustique et borderline. Un pont instrumentale permet de faire la liaison entre la partie "Bury", implosion programmée de longue date et désormais actée, et la partie "Shalom", plus détendue, plus réfléchie, et finalement sifflotante, qui rappelle le plus important : sauver ce qui peut encore l’être.

21-10-2003

Ok, c’est un peu naze de faire des chansons cachées. Mais bon, j’avais envie de placer ce morceau en 2013 pour le dixième anniversaire de la mort d’Elliott Smith (la date qui sert de titre est la date du décès d’Elliott Smith). Car il s’agit en effet d’un hommage à cet artiste qui a tant apporté aux amoureux de la musique mélancolique. Double hommage puisque le nom de scène « Petseleh » est directement issu de sa chanson « Pitseleh ».

Elliott Smith, que j’ai redécouvert bien trop tard, m’a accompagné pendant des moments de grand désespoir mais aussi de grande joie. Il m’a poussé, par la nature même de sa musique, à me renouveler, à me remettre en question et à me rappeler que quoi que je compose il fallait que cela reste simple et joli. Alors j’ai écrit ce morceau en son honneur en octobre 2008. L’arpège reflète un jeu de guitare très différent du reste de l’album. C’est répétitif et calme, cela permet enfin une écoute apaisée. Même si l’enregistrement aurait mérité plus de production....

C’est également la raison pour laquelle cette chanson est plus à considérer comme un bonus. Au delà de l’hommage fait à mon mentor, je glisse encore quelques éléments en lien direct avec le sujet principal de l’album : l’histoire d’une belle histoire d’amour, qui, comme toute bonne chose, a une fin, dure et abrupte, mais qui m’a fait sentir vivant.



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