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Comme beaucoup de gamins nés dans les années 70, désormais devenus adultes, ma sensibilité aux beaux mots, à ce que j’osais ou ne savais appeler de la poésie s’est construite avec l’écoute des Brel, des Ferré, des Barbara... Puis à l’adolescence, ce fut le rejet hypocrite de ces auteurs, seul le Rock anglais trouvait grâce à mes yeux... Je ne comprenais pas grand chose à ces mots mais ce mélange de rythme frénétique et désespoir défoulé sonnait comme un exutoire pour mes alors frêles épaules de jeune garçon timide. Ce n’est que beaucoup plus tard que je pus avouer combien j’aimais ces textes dans cette langue.

Comme beaucoup d’entre nous, je ne suis ni unique ni particulier... Je me rappelle ces vieux Lagarde et Michard avec tous ces auteurs amidonnés comme dans un bain de naphtaline... Ils m’ennuyaient, ne me parlaient pas mais l’air de rien s’infiltraient en moi... Je me rappelle ces mots de Léo Ferré si beaux, si hermétiques parfois... Je me rappelle ce choc à la lecture du "Clown" d’Henri Michaux, aux chants d’Isidore Ducasse, à l’humanité d’Eluard...

Longtemps, je fus attiré par le vide de l’absurde de Camus ou le détail chaleureux de Jean Grenier... Longtemps, j’ai pensé qu’en France, il n’existait pas d’auteurs qui exprimaient les mêmes doutes avec les mêmes mots de tous les jours... La découverte de Marc Seberg fut pour moi une révélation... Elles étaient là, ces paroles que cherchais, je pouvais enfin dire combien j’aimais cette musique lettrée... Ce fut aussi le grand A et sa Fossette dont je ne me suis toujours pas remis....

Avec des artistes comme Mendelson, Orso Jesenska, Filip Chretien et désormais Jean-Louis Bergère, je me plais à voguer de palettes en palettes... Ils ont tous leur couleur propre... Du noir encre de l’auteur de "La Force quotidienne du mal" aux rideaux feutrés et pudiques du marseillais... Jean-Louis Bergère, lui, est d’un vert, de ces verts comme ces lacs de montagne en ces journées électriques d’été qui baignent dans ce silence blanc. Vert comme cette prairie odorante et ses tapis moelleux de mousse et cette vie qui grouille...

Il est étrange d’entrer en résonance avec les images, les obsessions d’un autre... J’ai les mêmes souvenirs, les mêmes interrogations que le narrateur de ces onze instantanés de vie ("Jour de Fin")

"C’est un jour sans fin de dimanche les enfants se baignent au lac je les vois déjà comme ils vivront après nous ici..."

Qui, au delà des 40 ans, ne se demande pas en voyant ses enfants qui jouent ce qu’ils seront dans 30 ans, dans 50 ans... Si notre souvenir nous survivra, si des traces de nous perduront après notre passage... La musique de Jean-Louis Bergère est faite de cycles qui s’écoulent, de boucles qui se ferment... La musique de Jean-Louis Bergère raconte les pas de quelqu’un qui avance , il ne sait pas vers où mais il avance...Car on ne peut résister aux mouvements de la vie, on ne peut aller contre...

La langue de Jean-Louis Bergère entre en amie car elle est riche et évocatrice dans ses détails... Entre la nostalgie de la lecture d’un vieux volume jaunie de "Vol de nuit" de Saint-Ex ("Long Courrier") et les barouds d’honneur en des terres intérieures ("Atlantic Drive"), "Demain de nuits de jours" suggère le voyage, n’impose rien, non...suggère les lumières qui s’égarent dans le flou de l’océan... Jean-Louis Bergère est de ceux qui proposent la rencontre, la rencontre avec ces paysages trop familiers, trop vus, ces lieux que nous ne voyons plus de les avoir trop vus... Nous apprenons à nouveau à aimer ces chemins de ronde mille fois parcourus ("Les Roches brunes")...

La langue de Jean-Louis Bergère est de ces langues rares qui nous déphasent, nous enveloppent d’une confusion paradoxalement rassurante... Elle est belle cette langue évocatrice... Il suffit de tomber dans les pensées minérales en équilibre précaire de "Demain de nuits et de jours"... Tout n’est que suggestion, délicatesse, rien n’est trop appuyé, rien n’est impudique...

"Parle moi plutôt des siècles à venir de la mort qui ment comme tu respires de la neige fraîche tombée dans la nuit de celle qui t’aime du beau temps de la pluie"

Du quotidien jaillit le particulier, l’éphémère devient insondable et éternel ("Tout ce qui nous protège") Chez Jean-Louis Bergère, il y a cette même sublimation des jours de tous les jours comme chez Verone ("A l’envers du monde")

C’est étrange les hasards parfois... Dans la même semaine, recevoir "Dia a dia" de Filip Chretien et ce "Demain de nuits de jours" de Jean-Louis Bergère... C’est étrange ce cousinage, cette évidente proximité entre ces deux artistes...

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Il est parfois des fulgurances, des certitudes, celle ici d’être en intimité avec lui, avec Jean-Louis Bergère... La communauté d’esprit, c’est parfois les expériences communes par delà les proximités de conviction ou de goût... Cette communauté d’’esprit, cette vraie communauté d’esprit, on ne la vit qu’une fois dans ces instants de paroxysme ("Dans mes bras")

Parfois, nous avons besoin de ces moments de pause, ces parenthèses qui ralentissent les secondes, qui éloignent les échéances... Nous ne cherchons pas à nous ressourcer ni même à nous recentrer... Peut-être juste s’éloigner ("Les distances")

Comme nombre d’entre nous, je ne suis ni un taiseux ni un volubile, je suis de ceux que le silence fait frémir, que les corridors sombres attirent et inquiètent à la fois ("Les couloirs")

"Demain de nuits de jours" viendra désormais emplir ces névroses anxieuses, ces silences palpables comme des portes qui claquent, ces silences qui nous rendent si singuliers, si particuliers et finalement si uniques...comme les autres...

https://myspace.com/jeanlouisbergere




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