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Qu’est ce qui différencie un disque lambda d’un disque d chevet ?

A quoi pourrait-on résumer cette différence ?

Sans doute à l’omniprésence du dit objet sur votre platine, dans votre vie... Sans doute à cette évidence, cette évidence de compagnonnage et ce dès la première écoute, parfois à l’inverse à cette nécessité d’apprivoisement patient qui se gagne et offre toutes ses richesses derrière une complexité intimidante...

Sans doute aussi par delà la barrière linguistique, cette impression fugace mais sûre de son fait que cet album s’adresse à vous.

Il en est ainsi du Jzaa étrange d’Eden Abhez, de Sparklehorse mais aussi de la pop étrange et habitée de Grand Salvo....

Pourquoi mettre plus en avant "Slay Me In Sleep" que les cinq autres ? Finalement ce n’est pas forcément le sortir du lot tant la discographie de Paddy Mann brille par sa cohérence et sa volonté réelle de créer un univers, de raconter une histoire. Peut-être aussi ne faut il pas se laisser piéger par cette fausse impression de facilité musicale tant les mélodies du néo-zélandais sont des pépites à tiroirs...

Qu’elles soient ici magnifiées par la production de Nils Frahm (véritable Roi Midas) ou privilégiant le minimalisme d’une acoustique aux allures d’austérité janséniste, elles ne cessent de provoquer chez nous une attraction indicible.

Comme les polyphonies d’Hildegarde Von Bingen, la mélancolie de Nick Drake, la soilennité d’Alan Pride (période "Between Today And Yesterday"), Paddy Mann est de ceux qui font pleurer les filles, les légionnaires et les pêcheurs.

Là où on pourrait craindre de s’être encore égaré dans une mélopée de vieux chanteur chiant et barbu, quelques détails, des presque rien viennent tout modifier insidieusement.

Comment expliquer la confidentialité, le peu de reconnaissance de cette œuvre en création ?

Paddy Mann et Grand Salvo, un artiste pour une poignée de connaisseurs avertis ?

Pourtant, il nous dépeint un passé empli d’une nostalgie chargée de symboles...

Un peu comme ouvrir un vieil album photos que l’on avait oublié, d’une famille que l’on n’a jamais connu.

Cette famille, au jour matin d’été qui prit cette petite barque pour aller vers l’horizon.

Cette famille que l’on ne revit plus .

Combien de Manureva ? Combien de disparus dissous ? Combien d’ex votos froissés ? Combien de chapelets usés ? Combien de prières jamais entendues ?

Combien de prières échouées et tues ?

Entendez-vous l’archet qui glisse le long de la corde du violoncelle ? Sentez-vous au diapason, au métronome de son rythme ces larmes qui glissent ?

La musique de Grand Salvo est pleine. Elle est de celles qui transforment, qui métamorphosent.

Pour un instant, vous êtes sable puis vous n’êtes rien..

Pour un instant, vous êtes l’écho d’un onde puis vous n’êtes rien..

Pour un instant vous êtes ce corps endormi puis vous n’êtes rien..

Le monde est loin, le monde est ample. Un homme a toujours besoin de quelque chose à ses côtés. Nul n’en connait la raison. Les saisons viennent, les saisons meurent, la moisson à la fin de l’été, les neiges éternelles... Envie de rester mais toujours le territoire de la fuite.

La musique de Grand Salvo est animale. Elle est un patois que l’on a oublié... Elle est cette soupe chaude à la crapotte que nous sert Courge dans "Le Jour Des Corneilles" (fabuleux roman de Jean-François Beauchemin merveilleusement adapté en dessin animé).

Elle est le crépitement du feu dans la cheminée. Elle est ce coquelicot qui ploie sous le vent. Elle est cette main qui caresse le sable. Elle est cette buée vaporeuse qui sort de nos bouches au plus froid de nous mêmes.

Elle est de ces connivences nécessaires.

Elle est cette brume qui monte de la mer comme autant de souvenirs de nos morts. Elle est ce feu follet, cette boule de foudre qu’on ne peut atteindre.

La musique de Grand Salvo, c’est évoquer cette route au milieu de la nuit d’été, cet orage pas encore vraiment présent mais qui déjà se fait sentir... Cet orage qui gronde... Cette route qui défile .... Paresseusement, lentement, sûrement....Et nous qui avançons, nous n’avons pas le choix, nous devons avancer avec des larmes pleins les yeux.

La musique de Grand Salvo c’est se perdre dans les brumes et les dunes.... C’est revenir aux tumulus, aux cromlechs pour honorer des dieux païens, des figures totems, retrouver l’entraille de nos mères.

La musique de Grand Salvo, c’est ce dialogue que tu trouves enfin, que tu parviens à entendre quand tu finis par accepter de la fermer et d’arrêter de t’écouter....

www.grandsalvo.com/




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