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Il y a parfois des remèdes tant simples qu’évidents à la "crise du disque". Car si crise du disque, de sa vente en tant que support il y a, on remarquera qu’il n’y a pas de crise de la musique. J’oserais même dire que c’est proportionnellement inverse. A croire que ne plus vraiment pouvoir en vivre aurait donné des ailes à la liberté artistique ?

J’en ai une apparition dans les mains. Je ne fais pas de cet album un acte prophétique mais le folk, cette musique voulue simple s’est souvent fait violer par des songwriters corruptibles et auto-suffisants (oui y’a des exceptions, mais combien ? tiens une idée d’article), affectionnant leurs petites barbes bien mal rasées et leurs considérations intéressées. Alors un disque aussi franc m’a vigoureusement rafraîchi.

Si Thee Verduns est un nom qui circule beaucoup à Metz et au delà, notamment une tournée aux Etats-Unis et des rencontres aussi fortuites que décisives (Gabriel Sullivan, le Mark Lanegan qu’on entend sur le magnifique "Les mers du Nord"), je les ai découvert sur le tard lors d’un concert. J’étais même assez septique face à ce groupe/couple qui jouait sa musique selon son humeur, bancal, moins soucieux de son accordage que de l’aura du moment. C’est quand j’ai compris (je suis toujours lent et suspicieux) que rien n’était surjoué que la formule m’a enchanté. Le catéchisme est donc la visitation sincère de ce que j’ai vécu ce soir-là.

C’est un certain bonheur de voir un disque qui tient à sa place, dont la cohérence conjugue mode de production, prix, qualité. La pochette justifie le plaisir d’avoir l’objet dans les mains, comme le titre et les énigmes qu’il promet. Le gatefold nous plonge dans son univers, et la musique devient la b.o de l’objet. Ou l’objet la photo de la musique. Et ce premier album (après une bonne grosse série de splits, 45 tours, 10"...) est ce que j’espérais, une suite de morceaux honnêtes dans leur interprétation, attachants dans leurs incertitudes, humains dans leur vulnérabilité et leur combativité autant qu’étonnants dans leur créativité évidente. La perfection n’a qu’a bien se tenir car elle est aussi maltraitée qu’elle doit l’être, elle qui a numérisé en masse, cherché à éliminer le frottement d’une pierre dans un sillon, aplati les masters et appauvri les variations et les humeurs des êtres par ses logiciels fumeux comme des fers à lisser.

Elle a échoué. Ce disque honnête ne cherche pas à prendre de la hauteur sur moi. Non, il choisit de se mettre à mon niveau, celui d’humain perfectible, bancal, mais qui s’équilibre en tanguant pour avancer autant qu’il est possible. Il m’offre un voyage que je peux ressentir et comprendre, passant par la déglingue, la joie, l’absurde tout autant que de profondes émotions. Enregistré en live, je les imagine et les entends jouer leur musique, vivre leur vision sans vouloir montrer quoique ce soit à part le plaisir qu’ils ont pris et celui qu’ils espèrent nous offrir. Un acte de foi, un catéchisme musical. Nul doute que Pete Seeger et Woody Guthrie auraient adoré cette conjugaison de folk primitif, de blues bourbeux, d’esprit limite punk. Et j’en recommanderais bien l’écoute à Man Man ou à Tom Waits car nous tenons ici leurs meilleurs ambassadeurs.

L’album a été coproduit par Kizmiaz Records et LDFC, label de la Face Cachée (disquaire messin très actif dans la production et qui distribue Gonzaï).




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