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Sous le sein pâle d’une lune triste, se tiennent deux formes dont les contours vibrent doucement. Un homme, adossé à la porte d’une antique chapelle, taille des petits bouts de songe à l’aide d’une lame luisante, un chien énorme étendu à ses pieds. La bête rêve au Néant, lâchant de temps à autre quelques soupirs et grognements. L’épaisseur de la nuit pèse sur eux comme une planète ; l’homme a bien du mal à respirer. Il lève la tête, scrute les Ténèbres. A quelques pas de lui, un craquement sec brise le solennel silence. Le chien se réveille et se dresse sur ses quatre pattes musclées. L’échine hérissée, il écarte ses babines huileuses qui laissent apparaître des pointes de nacre aiguisées. Son Maître aussi, est debout. Il se mire dans les sales yeux noirs de la bête, trempés par le silence liquide et moite du sommeil. L’homme et son chien sont sur leurs gardes, prêts à bondir. Mais l’obscurité se montre joueuse et ne laisse rien transparaître de ce qui avance vers eux. Le chien a beau tendre ses oreilles, l’homme étirer ses paupière à s’en déchirer la peau, rien ne se dessine. Pourtant, tous deux sentent la « chose » se rapprocher, nonchalamment, presque. C’est au moment précis où l’homme se prend un coup au visage que les tambours se mettent à gronder. Coups ventriculaires surpuissants assenés de toute la force d’un bras aux muscles bandés. L’air se charge d’un relent de trouille fanatique tandis que l’autre choit dans la poussière, aveuglé par la puissance du choc. Le chien regarde frénétiquement autour de lui, grondant sa haine, les babines retroussées et fumantes, la gorge en ébullition. Sa mâchoire claque vainement à droite à gauche, sa queue fendant l’air désespérément. Ses crocs rencontrent alors un amas caoutchouteux, chaud et suintant, qui lui rappelle sans doute les morceaux de boudin grillé offerts par son maître lors de grandes occasions. Mais l’heure n’est pas à la fête, et l’ombre saisit la bête à la gorge, pressant rageusement la toison entre ses doigts de Mort, broyant les os de l’animal, qui se met à gémir sombrement.

Sous l’haleine tiède d’une lune brisée, se tient une forme dont les contours vibrent impulsivement. A genoux, la tête enfouie dans le cou inerte de l’animal, l’homme est en pleurs. Les premiers rayons du soleil chassent timidement les restes de nuit éparpillés alentours. Du cadavre du chien s’échappe une curieuse mélopée, mesure élégiaque glaciale, offerte à l’homme en souvenir.

La face A du disque a des allures de bête apprivoisée, une bête au poil délicat que l’on se plaît à caresser. Ununtrium est carrément dansant, (son ouverture, du moins) et Warmley , qui trottine à sa suite, a un côté rassurant, avec ses échos moelleux claqués par des cordes chaleureuses. Baltika la vive tressaute et bondit sans se soucier des limites à ne pas dépasser. 166 crache son impatience et sa fureur à la gueule de ceux qui auront le malheur de l’approcher.

Et la face B… Plus cérébrale et sauvageonne, la bête nous offre une remarquable montée en puissance. Faire Mourir et Laisser Vivre distille lentement ses mesures imbibées de folie, bouleversant à plusieurs reprises le rythme en apparence tranquille du morceau, fracassant les âmes et conscience à grands coups de cordes tendues.

Évadé du cadavre encore tiède de l’animal, Faire Vivre et Laisser Mourir clôt l’album en un long râle déchirant, certain pourtant que tout ne s’arrête pas là.




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