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Il est bon de le préciser en exergue : Lady Gaga, on s’en cogne – cela depuis toujours. Mais comme les préjugés collent parfois aux basques de certains artistes, et que la curiosité peut révéler de belles surprises, on accepte d’écouter Joanne (cinquième album de la dame). Et puis, comme nous le rappelle avec fierté sa biographie (très) officielle, Lady Gaga « c’est déjà plus de 27 millions d’albums vendus dans le monde et 1,6 millions en France. Elle a gagné plus de 6 Grammy Awards et 13 MTV Music Video Awards et fut même élue parmi les personnalités les plus influentes du monde selon le magazine Times ». La bio ne précise pas en quoi Lady Gaga est influente (en brushing ? Manucure ? Culture de betteraves ?), mais si c’est le Times qui le dit…

L’album démarre, et l’auditeur frôle déjà la crise épileptique : cette voix, mon dieu cette voix, ressemble à un chat que l’on égorge, à une Castafiore torturée par la Gestapo, à une Dolly Parton avinée jusqu’à l’indécence. Elle y va fort, la Gaga, pour bien se faire entendre : et vas-y que je te pousse les vocalises au-delà du raisonnable (le sens du mot « sobriété » est ici banni), et vas-y que je te hurle des refrains hyper rock’n’roll dont même Joan Jett en soupçonnerait l’exagération. Le disque possède quatorze titres. Au bout de trois, on se dit que la curiosité demande quand même un effort démesuré.

"Million Reasons", en septième position, est une ballade folk. Une accalmie sans hystérie ? Au début, oui. Mais la Chanteuse ne peut s’empêcher de revenir fissa vers la séance d’exorcisme et d’en faire trois tonnes (comprenez : c’est une vraie Chanteuse, elle doit donc le prouver à chaque morceau). Même dans la supposée douceur, Lady Gnangnan détient la délicatesse d’un char d’assaut se frayant un passage dans une ruelle parisienne.

À ce stade, la musique est totalement secondaire (c’est un disque de Chanteuse, hein). Et sans doute est-il préférable de ne pas tendre l’oreille face aux sonorités proposées (une façon courtoise d’écrire « composées au kilomètre », « vomies avec cynisme »). Que dire ? Lady Tata navigue dans le gros rock FM (on ne savait même pas que ce genre de production existait encore, en 2016) ou dans une dance affreusement commerciale et datée (pour Lady Vidéo Gag, l’électro s’arrête à Ace Of Base).

Ah oui, des apports country viennent authentifier le virage « intimiste » de la star. Et quelle country ! Simple arrière-plan à The Voice, la touche texane évoque ici, bien plus qu’ Harvest, l’invention d’un « Nashville pour les nuls ». La country suppose une certaine corrélation entre la ballade rurale et l’humilité du chant. Chez Lady Braquemard, la country est une chose ancienne, un truc folklorique qui ne sert qu’à donner encore plus d’espace à ce chant ne tolérant rien d’autre que lui-même.

L’album se termine, et l’auditeur est harassé, fatigué, bon pour un sevrage Eskimo / Fantôme / Pauline Drand (des chanteuses avec un C minuscule – c’est-à-dire : humbles et intimes). Puis, retrouvant l’usage de la réflexion, diverses inquiétudes viennent à l’esprit : faut-il aujourd’hui se fringuer en mutant pour vendre des disques et, bien pire, caracoler parmi « les personnalités les plus influentes du monde » (grosso modo : une initiative citoyenne est moins appréciée qu’un loukoum musical estampillé MTV) ? L’industrie du disque est-elle à ce point cynique pour faire croire que le pire du pire du rock FM ressemble dorénavant à une révolution artistique ? La découverte par soi-même (sur Bandcamp, Soundcloud) exige-t-elle un effort tellement démesuré qu’il est préférable de dire amen au robinet télévisuel et radiophonique ?

Ce nouveau Lady Cata promulgue heureusement une raison d’être : c’est grâce à de telles daubes hyper médiatisées que des Webzines et des blogs comme Froggy’s Delight, Pop Cultures & Cie, Benzine (ou ADA) – impossible de tous les nommer – redoubleront d’intensité pour défendre une musique intègre, maladroite parfois (mais qu’importe), une musique découlant d’un profond besoin.




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