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Une voix légèrement réverbérée, sombre, qui pourrait bizarrement servir un morceau de dreampop. Un rock tour à tour tendu et lourd ou étonnamment éclairci, les polonais de Trupa Trupa signent, après le poétique et curieux Headache, un nouvel album touche à tout mais pas fourre-tout, délicieusement psychédélique, franc et adroit.

Il suffit de deux morceaux pour s’en rendre compte, Trupa Trupa n’aime pas le surplace. On passe sans sourciller d’un premier morceau plombant, légèrement hanté, en sursauts bruyants et brouillés (un étrange synthé, rejoint par le refrain gras) à l’aérien « Coffin », balade aux accents mignards qui s’étend pour résonner de plus en plus fort.

C’est ainsi tout un jeu de références (tout en restant loin de tout plagiat) qui s’opère au fil de ces « Nouvelles chansons enjouées » selon le titre : Mist ou Never Forget qui résonnent comme des frères cachés de l’Unwound de Leaves Turn Inside Out (une inquiétude planante malgré le cachet désinvolte de la voix, la batterie et la basse ronde mises en évidence) un morceau référence à John Coltrane (où des chœurs fantômes rejoignent la lente litanie répétant ad nauseam « Love Supreme »), des accents dans le ton qui résonnent comme résonne la voix du chanteur de Blonde Redhead, de manière pincée et touchante, on penserait à Slint qui aurait rajouté des couleurs à Spiderland sur Leave It All, piste énigmatique et spleenesque, aux guitares désaccordées, mourant comme elle est née, dans le brouillard. On vient même à penser aux pistes les plus douces de Swans sur « None of Us », son utilisation hypnotique de la voix, débitant précautionneusement ses mots, sous couvert d’instrumentation légèrement étouffée, puis plus brute. On retiendra aussi le formidable « Only Good Weather », qui s’ouvre sur une pop édulcorée presque trop sucrée, puis joue finalement sur un vacarme plus présent pour finir sur un des passages les plus dissonants du tout, en feedbacks inversés et bruités.

Finalement, à se réapproprier toute une palette d’artistes, Trupa Trupa gagne son identité propre, on ne parvient plus à le classer nulle part, et si sur le morceau-titre, la progression folle des orgues et des basses / guitares (rompues superbement dans le vide) voudrait nous faire bêtement lâcher une étiquette « Post Rock », on n’en fera rien : Trupa Trupa font du Trupa Trupa, et on ne se risquera pas plus loin.




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