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Black Chalk

Première fois que je donne un titre à une chronique. Parce que parfois les miracles arrivent.

Un jour il y eût un miracle qui s’appelait White Chalk où PJ Harvey s’inversait, prenant le piano pour base. Emily Jane White nous livre un album de la même force esthétique.

Si miracle il y a, j’en demanderais l’authentification à GDO (anagramme peu discret de GOD, qui veille au grain et filtre pour que pareilles merveilles arrivent aux oreilles de ses anges chroniqueurs).

Alors chers fidèles, cet album me rend cérémonieux et solennel. Souvent crépusculaire, le côté solennel mêlé au western (l’ultime "Thoroughbred"). Difficile de coller une ressemblance, d’ailleurs pourquoi le faire ? Mais cette conquête de l’ouest esthétique me fait penser dans l’objectif au troisième essai de Sarah Blaszko (ah "sleeper awake") ou au "Felt Moutain" de Goldfrapp. Aucun rapport entre ? Grands écarts ? Et bien à mon sens ce qui les distingue sur la forme est exactement ce qui les lie dans le fond : un sens aiguisé et magistral de l’esthétique doublé d’une sensibilité féminine asexuée.

Vous l’aurez compris, cet album ne se décrit pas mais s’interprète. Pour autant je n’esquiverai pas le plaisir de parler de "Dandelion Daze". Pourquoi ces accords sont plus beaux que jamais ? Syndrome de Ms Dalloway, qui attache tant d’importance au décor de la vie n’étant qu’un bateau qui sombre ? La peinture compte, mais moins que le cadre (comme l’a aussi bien souvent compris Nick Cave, particulièrement sur son dernier souffle du paradis).

Moralité : ne cherchez plus la mélodie du bonheur, cherchez le son de la joie. Une joie paradoxale bien sûr car la mélancolie reste maîtresse sans sonner comme une envie de se morfondre. Dès "My beloved" vous comprendrez la nuance car la mélodie n’est pas dénuée d’une certaine puissance, d’une force. "Faster than the devil", malgré son calme, est un véritable tourbillon d’émotions. Aussi bien que si le disque prête à la contemplation, elle ne sera jamais amorphe mais tourmentée, traversée.

Disons-le aussi, ce titre a tout d’un magnifique tube. Allez j’ose : on peut penser à des artistes, à Cat Power (ça fait toujours bien de la citer dans une chronique hein ???), mais on pourrait tout aussi bien citer Lana Del Rey, si cette dernière n’était pas la reine des putes (oups) et des voleuses. Disons que j’aurais aimé intervertir le succès des deux, et remplacer les diffusions de l’autre par "Keeley" par exemple. Car Emily Jane White est ce que l’autre a raté. Allez j’aurais aussi pu, facilement, la rapprocher d’Hope Sandoval, c’est plus indé...c’est plus moral, c’est plus éthique, mais je m’en fous.

Son penchant acoustique s’en est allé pour une musique qui tient souvent de la peinture musicale (vous me suivez ? c’est ce que je ressens quoi...), à l’instar d’une b.o ou d’une illustration sonore des principes de l’émotion humaine. J’ai rarement pris la plume avec cette émotion, espérant juste vous inviter à la partager tant chaque morceau m’a transporté. Elle trouve à chaque fois la formule qui touche au plus profond comme le refrain de "Wake", ses passages magistraux comme autour de la troisième minute, et sa libération, son éveil après la quatrième. Blood/Lines est autant traversé par la gravité que par un certain apaisement toujours poétique ("The roses") mais dans tous les cas, impossible de ne pas avoir dans la tête des images d’espaces naturels tantôt dégagés tantôt nuageux, reflets de nos perceptions. Et "The wolves" semble contenir ce tumulte à lui seul, dans une sortie d’album magistrale qui on l’espère trouvera une suite. Rien ne presse, je suis prêt à attendre des années pour retrouver une telle puissance d’écriture.

Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’Emily Jane White fait partie des artistes dont je surveille la carrière mais que je n’avais pas écouté attentivement comme elle le méritait, par manque de temps, sachant qu’un jour de toute façon j’aurais l’occasion de m’y coller (comme je finis toujours par faire avec ce qui porte l’étiquette de l’incontournable Talitres). Alors peut être que cette attente a accentué l’effet de la découverte. J’ai depuis rattrapé mon retard, et je suis content d’avoir commencé par ce nouvel album, car si j’aime beaucoup sa discographie, son dernier album tient du miracle absolu.




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