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Il m’est parfois difficile de vous expliquer mes choix, pourquoi je mets mes mots sur une chose, et pourquoi je silence les autres. Je suis parti il y a vingt ans de cette France qui m’endormait, pour ce pays chaud qui n’écoute jamais de mélodies d’outre-Pyrénées, où si peu de chanteurs français ont joué aux ambassadeurs. Dans l’absence de cette culture native, on revient sur les derniers sons gardés dans des souvenirs encore assez frais de l’hexagone, puis dans le manque les plus anciens encore, ainsi, parfois, des « Carnets a spirale », des « Marquises », « Message personnel », des Frida Bocarra de ma mère, des Alain Barriere de mon père, la légion de sauvegarde de la chanson française éternelle me repêche des égarements tristes, croyez-moi, dans le lointain sonore, on revient a ces petites choses faciles et simples. Dans une de ces nostalgies irritante, j’ai chût sur un titre d’Evie, « Des mots », et j’ai eu sur mes lèvres ces saveurs de sirop d’anis, des rires mioches, des courses sur le gazon du jardin des parents encore si présents.

Evie cherche a recollé les morceaux de moments brisés, a retrouvé l’ordre dans ses sentiments du bout de cette voix simple comme une vaguelette sur la surface d’un lac calme, une petite onde qui demande presque pardon pour avoir bousculée la lisse ligne de flottaison, sans être extrémiste, ni rockeuse, ni pop-égérie, dans la tranquillité, comme si elle chantais dans le salon calfeutré de sa maison, sans public, dans une introspection dont la poésie est naturelle, et tout sent, tout respire cette tradition musicale de décennies, qui a bercé nos étapes d’une Piaf a un Balavoine, de Buzy a Daho, de Birkin a Aznavour, tous ces esprits de radio, de télévisions de dimanches après-midi. Evie n’est pas indie-folk, ni noise ni tout ce que l’on peut étiqueter aujourd’hui d’anglicismes, elle est ce juste milieu, avec sa manière sage et sagesse de faire ce qui lui plait, suivre le sentier marqué, la lignée de cette chanson française où nous avons tous fait nos premiers pas auditifs, qui font parfois tant de bien, dans l’exode, qui sont parfois plus rock qu’un rock, plus blues que blues, dans ces compositions peaufinées, si précises, qui collent a la voix comme la voix aux émotions, qui délivrent un disque bon a écouter, si bien construit, si simplement agréable, malgré ses tristesses sous. Jacentes, un équilibre si joliment retapé au système D. Voilà pourquoi j’ai voulu vous parler d’Evie, parce qu’elle m’a fait du bien, et un disque qui vous fait du bien, est un grand disque pour nos âmes.




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