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J’aimerai rester toujours dans ces instants où encore dans le sommeil, pas encore tout à fait dans le mouvement de nos vies inutiles, je suis en frontière, en clandestin évaporé, en contrebandier sans enjeu. Ne pas être encore tout à fait revenu des rivages du sommeil, imprégner mon regard du flou des rêves un peu comme ces fous qui ne savent jamais vraiment s’ils dorment ou s’ils sont éveillés. Etrange paradoxe.

"From Shores Of Sleep", deuxième album des trop discrets Musée Mécanique, me renvoie à ces états-là. Jamais très loin, d’un certain classicisme Folk (qui ne veut pas dire académisme) rappelant Other Lives, Musée Mécanique a ce petit plus du sens de la mesure mais aussi de la cassure.

En ouverture, "In Astoria" pourrait être un trait d’union, le scellé d’un serment de sang entre Great Lake Swimmers et Calexico. vous vous laisserez envahir par la douceur des Glockenspiel cristallins, vous entrerez en communauté avec cette odyssée humble. Je suis sur ce petit chemin, il fait beau, il fait chaud. Devant moi, une de mes filles qui poursuit un papillon blanc, qui valse avec lui entre apesanteur et hésitations comme des préludes qui n’annoncent rien. Les branches des arbres se jouent de la lumière, je descends le long de ce sentier, mon pas est lourd, plus bas, plus loin , je commence à deviner le lac, ses promesses de fraîcheur.

Je me réveille dans la torpeur du sable, au loin la baie, avec ces reflets étincelants comme autant de flammes qui irisent l’océan. Je suis là, tout au bord des falaises, je suis falaise, minotaure minéral, Icare sans ailes ("The Lighthouse and The Hourglass").

Je marche à la nuit tombante le long de ces chemins que seuls habitent les oiseaux de mer. Mes pieds martèlent mollement le sol et pourtant, je suis en pleine mer, portée par la houle et la foule ("The Open Sea"). Pas de ces mers mystiques à la Melville, non, juste des mers triviales, qui nourrissent, habitées par les pêcheurs.

Chez Musée Mécanique, il y a ce même goût que Chez Flotation Toy Warning de la brisure, de la surprise à chaque coin de titre, de la voix comme instrument, de la mélodie comme chemin à parcourir.

J’aimerai rester dans ces instants frontières, dans ces lieux où l’on ne peut vous atteindre, où l’on ne peut vous toucher ("The Man Who Sleeps"). Ces lieux, ces temps où l’on bondit d’une vague à un mouton, où chaque pas devient un périple, un péril.

Mes artistes de cœur, ce sont ces âmes belles, généreuses qui parlent d’eux, qui s’adressent à notre nous profond, qui parlent de vous, sans ambages. De ces frontalités , naissent ces complicités primordiales, ces poésie qui font sens. De Kurt Wagner (Lambchop) à The Antlers, de La Rive à Julien Orso Jesenska, ils tiennent parole, eux, ils sont là (" A Wish We Spoke"). J’aime ces climats fragiles que l’on sait constitués d’eau, de sang, de doutes, de craintes, de leurs rires qui cachent mal leur nervosité.

Vous vous rappelez cette sensation enivrante quand nous montons doucement le long d’une route, en anticipant la vue de là-haut, ce château mangé par le lierre et ses regrets ("Castle Wales").

Cet orage d’été en ce début de soirée, ses larmes drapés dans le renoncement du silence. Parfois les mots n’ont plus de puissance, ils ne sont plus légitimes. Parfois, on préfère s’abîmer dans le dépit, renier les murmures, rogner les mots maladroits ("The World Of Silence").

Certaines musiques sont des terres ombrageuses, des landes de colère, d’autres sont ceux de l’incertain, du non-dit, du soupir, de la remontée hasardeuse le long des rives ("Along The Shore"). Certaines musiques se baignent dans le flou des entre deux eaux, des hauts fonds opalescents ("Cast In The Brine") comme un Barzin plus orchestré, plus mordoré. Ecouter Sparklehorse, c’est plonger dans les eaux boueuses, celles de Musée Mécanique sont lumineuses, vivifiantes comme un Sigur Ros sans supplément d’emphase ("The Shaker’s Cask").

Nous remonterons encore et toujours ces rivages entre sommeil et éveil comme des Sisyphe apeurés et insatisfaits et parfois, seulement parfois apaisés.

http://museemecanique.net/




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