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  • 12 avril 2020 /
    Eskimo
    “Que faire de son cœur ?” (Autoproduction)

    rédigé par FLK
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Il y a quelques années, un ami au goût très sûr m’avait incité à jeter une oreille attentive au 1er EP d’une artiste alors par moi inconnue : Eskimo venait de rentrer dans ma vie et mes oreilles se délectaient de Dancing Shadows. En 6 titres et 30 minutes, répétés à l’envi, je m’imprégnais de l’univers sensible et déjà singulier de l’artiste, à la fois dépouillé et riche de sensations enivrantes. Et cette façon unique de chanter.

Puis arrive le 1er album "Que faire de son cœur ?", qui le touche directement. On pourrait le décrire comme un disque de pop, mais ce serait le réduire à ce qu’il n’est pas : même si le format des morceaux est court (rarement au-dessus de 3 minutes), chaque titre est une traversée où, se croyant bien installé·e, on navigue dans des eaux changeantes, intimistes mais ouvertes, délicates mais libres… loin d’être déstabilisant, c’est au contraire une impression très agréable de suivre les méandres de chaque intention, soulignée ici par une guitare filigrane (“Elan”) ou bruitiste (l’imparable “Sirène”), là par un saxophone impressionniste, souvent soutenue par des percussions à la complexité habilement camouflée, peut-être pour ne pas faire trop savant, qui sait. Soulignons ici l’admirable travail de Pierre Tanguy - déjà présent sur le EP - à la batterie.

Ce disque est inclassable et c’est ce qui fait sa force : ici des touches de jazz, là une pop intelligente - à l’instar de La Féline, des moments aux multiples influences, une mise en avant de climats nous emportant systématiquement là où ne pensait pas aller. Chaque morceau recèle son étonnement, comme “À la recherche du soleil” qui commence comme une chanson jazz assez classique mais évolue rapidement dans un tourbillon mené par le saxophone et une nappe inquiétante ; “Apiar” qui d’une chanson pop se mue en hymne à la polyrythmie à influence africaine…

La surprise est aussi dans le chant, ce chant unique qui outre le français et l’anglais emprunte des langues inattendues (japonais, coréen) pour mener à bien sa petite entreprise de déconstruction de textes, de brouillage de pistes, d’économie de mots au service d’une poésie aux contours toujours mouvants, ce chant aux mélodies en suspens, simples ou distendues.

Il faut parfois souligner l’évidence : la production artistique est parfaite, qui laisse respirer chaque instrument, plaçant chaque élément dans un décor confortable et bien agencé, tout en gardant une âme véritable.

À la fin du disque, on n’est pas sûr de pouvoir répondre à la question qu’il pose, aussi désarmante soit-elle. À moins que la réponse soit tellement évidente qu’on n’y ait simplement pas songé : que faire de son cœur ? Le laisser fondre, bien sûr.




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