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Bien avant la mise en veille de son précédent groupe (l’acclamé De La Jolie Musique), Marie Leskimo travaillait, un peu à l’ombre, sur des compositions personnelles. Car même si l’EP Dancing Shadows fut enregistré en mai dernier, de nombreux titres datent déjà de 2009 : « Je les ai depuis modifiés, explique Marie, notamment « Run Mind ». Ce sont vraiment des morceaux étalés sur une grande période. « Déséquilibre Amant » est le plus jeune de tout le lot. » Peut-on ainsi parler de best of, à propos de ce six-titre ? « C’est un peu ça. Un best of de ce que je faisais et qui est concrétisé maintenant. Je n’avais pas assez d’argent pour faire un disque. J’aurai aimé faire douze ou treize morceaux. Mais on a enregistré sur trois jours, et il aurait fallu doubler voire tripler les jours d’enregistrement. Je n’ai également pas fait de vinyles pour cette raison, alors que j’aurai préféré un vinyle. Je me suis donc dit : comme c’est de l’autoprod’, autant faire petit, et ensuite évoluer vers autre chose ».

Dancing Shadows est un disque à l’électricité contenue, un songe étrange qui prend le temps de respirer, de trouver son rythme et sa torpeur ensorcelante. La voix particulièrement habitée de Marie offre à l’auditeur un point de repère, une boussole le conduisant à bon port. Marie : « La musique m’inspire toujours les mots. L’inverse est très rare. Je commence par gratouiller, puis des mots arrivent, et une structure liée à ce que je ressens se met en place. » Justement, d’où provient l’inspiration de ces paroles jamais très loin de l’autobiographique ? « Je parle de ce que j’ai vécu dans la semaine ou dans le mois… En ce moment, je change un peu ; mes dernières compositions ne sont plus trop axées sur moi, ce qui est bien (rire) ! ».

Chez Eskimo, la pudeur oblige au cryptique, à une distance sur soi-même qui évite la confession. Du reste, Marie, bashungienne dans l’âme, n’est pas du genre à écrire des chansons comme certains noirciraient les feuilles blanches d’un journal intime : « Je n’aime pas trop me dévoiler, c’est vrai. J’en dévoile un peu, certes, mais pas tant que ça. C’est suffisant, je trouve. Quand tu en dévoiles trop, tu casses le mystère, il n’y a plus rien d’intéressant. » Hormis le titre « Déséquilibre Amant », Dancing Shadows se décline en anglais : « C’est toujours venu en anglais, car j’ai écouté plus de musiques anglo-saxonnes que françaises, j’ai vécu à Londres, du coup cette culture m’imprègne. Mais en vieillissant, petit à petit, je commence à changer. Là, je compose des chansons en Français. Mais pour moi, une langue est d’abord une musique… « Déséquilibre Amant » est venu tout de suite en Français. Je ne saurai expliquer pourquoi ! Je l’ai commencé à Paris puis je l’ai fini chez mes parents, en Province. »

Eskimo pratique une musique qui ressemble à la personnalité de Marie : instinctive (« sans doute car je suis une personne très spontanée ! »), douce et proche d’autrui (« en concerts, par exemple, j’aime le contact avec les gens, voir comment ils répondent à la musique »). Également planante ? « C’est probablement lié à mon caractère car, dans la vie, j’ai toujours besoin de calme. Et puis je suis assez rythmique à la guitare car j’aime les musiques transes ».

Ne pourtant pas s’imaginer une chanteuse camouflant des compositions folk derrière une vitrine électrique rappelant l’âme voyageuse de Sonic Youth. Eskimo est un véritable groupe, une formation solide (François-Xavier Guéant-Mata à la guitare, Lucia Rodriguez à la clarinette, Pierre Tanguy à la batterie). Mais comme il est aujourd’hui difficile de concilier vie musicale et obligations quotidiennes, Eskimo, selon la disponibilité des musiciens, alterne les concerts en formation complète, à deux ou en solo. Marie : « Du coup, ce n’est jamais le même concert ! Et puis chaque concert possède des intentions différentes. »

Prochaine étape, un premier album ? « C’est le projet suivant. J’ai six morceaux et d’autres plus anciens. Malheureusement, dans la musique, l’administratif demande beaucoup trop de temps ». On présume tout de même qu’une telle effervescence musicale ne saurait échapper à l’oreille d’un label attentif…




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