> Critiques > Labellisés



The French Paradoxe en quelque sorte, c’est ainsi que se résumerait pour moi le jeune parcours, mais déjà bien rempli de Talisco. Talisco, nom de scène du projet solo de Jérôme Amandi, qui au fil des tournées est devenu celui d’un véritable trio électro pop et maintenant très rock. Talisco c’est aussi l’auteur d’un premier album qui à l’instar du Play de Moby est un des albums dont vous connaissez pas mal de titres sans peut-être n’avoir jamais écouté l’album. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais quand je parlais que nous allions voir Talisco en famille ou que j’allais acheter le nouvel album, les personnes me répondaient invariablement, je ne connais pas. Et moi inlassablement je répondais que si, qu’ils connaissaient, que la musique était utilisée dans nombre de publicités, et c’est peut dire que je tombais souvent dessus, alors que je suis une forme d’handicapé de la télévision.

Il faut dire que le premier opus était une machine à tubes, mais une belle machine. Pas la chose robotique qui rapidement sent la rouille, demande de l’huile pour continuer à fonctionner et qui au final termine dans une décharge à produits manufacturés en fin de vie. Album plus qu’estimable il pouvait (trop) rapidement être classé mainstream par une frange encore vivante de l’indé et boudé par un public habitué à l’immédiateté des tubes, ne pouvant se soumettre à des écoutes répétées d’un titre comme « Follow Me » pour en décelé les trésors cachés, les couches, les lectures, les aspérités.

Engrangeant les scènes, les kilomètres le trio entama l’écriture d’un nouvel album, profitant d’un pèlerinage en Amérique, non pas en quête de quelque chose si ce n’est l’inspiration et des racines à manger, car chez Talisco on est capable de se nourrir dans la douleur pour grandir et se tenir fièrement debout. De mon côté j’attendais l’album avec un brin de scepticisme, me demandant si « Run » n’était pas LE coup, qu’il avait tout dit, et que c’était déjà bien ainsi. Mais c’était faire trop rapidement sur l’abnégation et le talent de ces gars-là. Envoyé il ya plus de 4 mois en éclaireur à la veille de la tournée durant laquelle nous aurons la chance de les voir, "A Kiss From L.A." mettra un sérieux coup de canif sur nos doutes. Titre dur, cinglant, tendu et écrasé par une chaleur que nous sentons nous bruler par procuration, ce premier titre serait la BO parfaite d’un Lynch tourné par John Ford. Cinématographique il est aussi crâneur qu’attachant et il pouvait à lui seul recouvrir la relative déception de "Stay (before the picture fades)" deuxième titre éclaireur, qui lui reprenait les restes du premier opus, sans pour autant tomber dans une facilité crasse, juste dans une forme de maniérisme appuyé.

C’est sur scène que la découverte des nouveaux titres se fera, entre excitation et joie paternelle de voir sa fille au premier rang se trémousser avec entrain et joie communicative. Au premier abord l’évidence du gimmick comme marque de fabrique s’imposer, mais l’écoute posé de l’album montrera que nous sommes bien loin de cela, et que Talisco s’impose avec ce deuxième album comme une valeur très sûre. Car oui Capitol Vision surpasse son prédécesseur. Non pas dans l’alignement des tubes possibles. Pas non plus dans le risque relatif, mais existant de durcir le son. Il surpasse dans la densité et dans le souffle cinématographique qu’il dégage (Sitting with the Braves pour ne citer que ce titre). Fort de cette écriture qui sait inviter et bien recevoir, le groupe a pu s’enivrer des images d’une Amérique brulante sans jamais bruler les ailes qui serviront aux groupes pour survoler les plaines ("The Martian Man" comme un morceau de Gastr Del Sol décomplexé et joueur), mais surtout ces villes, ces Metropolis aux illusions perdues. Talisco nous parle des chimères américaines comme rarement un groupe européen l’aura fait, posant un œil charmé et plongeant dans un encrier plus acide. Capitol Vision n’est pas pour autant un disque de rupture total, « Thousand Suns » ou « Monsters and Black Stones » sont des tubes imparables, mais les envies de raconter des histoires, d’écrire des scénarios de 4 minutes prendra le dessus sur ce disque.

Capital Vision reprend le lettrage du premier opus pour le poser en haut d’une vallée comme une forme d’Hollywood terriblement rock et dansant ("Loose" est un marsupilami déjanté . Il est tout à la fois une affirmation et un pied de nez à la malédiction du deuxième album, mais aussi à une certaine presse qui préféra toujours se pâmer par exemple sur une fille fouillant les poubelles du milieu des années 80 en France sous prétexte qu’elle chante en français. Capital Vision est un disque de partage (les morceaux s’épanouissent dans une forme de chant choral) qui prend racine à grands coups acérés dans une terre au substrat nourrissant…l’Amérique. Courrons encore avec eux, entre bourrasque de vie et mélancolie grinçante. Bluffant.