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Odyl, c’est beau comme une scène de sexe d’ambiance Fassbinder dans les toilettes série B, ça a de la rage, de la violence, et la poésie de l’ingénuité, l’art naïf de la chair. Odyl est simple et directe dans sa musique, mais déchainée dans ses passions-haines. Simple, mais pas que… héritière du débroussaillage qu’ont fait autant de dames comme Christine Lydon ou Buzy dans ce bois abandonné qu’était le rock féminin francophone où désormais peuvent gueuler demoiselles Demi-mondaine, Ghata et tant d’autres bonnes rockeuses, elle sait griffer sa guitare, érafler ses rythmes et cracher sa doucement mensongère voix suivant les courants, flux guerre, flux gamine (les gamines ont vraiment ces fantaisies de sexe dans les lavabos, les princesses ferment les yeux et n’ont rien, rien de rien).

Odyl est de celles dont les yeux vous foutrons des coups même après avoir été mis Ko, et dont le sourire pourrait mettre a la retraite ces salauds qu’elle admire et déchiquette, pourtant , ce n’est pas sa façade qui s’écroule sur nous, pas son minois jeune fille sage et joueuse (rime avec vicieuse), ce qui nous déboule, ce sont ses mots, venin et parfum, l’inattendue de son langage, quand on possède cette voix a chanter des génériques de dessins animés édulcorés et qu’on l’arme de balles chaudes et de vérité blessante, on surprends, on dérange, et souvent, on plait, on excite, et on insinue la femme derrière la gamine, celle qui a pris des coups et a appris du coup, celle qui peut arriver a sentir les bontés et bienfaits des orgasmes en water, celle qui a aimé et aimera toujours, même dans la rancune, même dans la débâcle. On lui a dit petite, elle répond t’inquiète, je sais faire, vois mes riffs et bouffe mes mots, je suis aussi suave qu’harpie, en fait moi petite, je veux être géante, je plairais aux masses de ma musique bipolaire, en vengeance d’on ne sait quoi, en remerciement d’on ne sait quoi.

Oui, j’avoue ces ambigüités Nabokovienne me prennent toujours la garde baissée, et volontiers je me laisse enlever par ces fantaisies, mais il est difficile de ne pas entrer dans son jeu quand « Petite » vous explose lentement dans vos cerveaux, autant par la composition sereine et claire d’un rock classique, que par la voix rancœurs, tordue et vicieuse, d’histoire de vrais vies, voix qui racle et fuie en jouant avec nos libidos. « Petite » est la biographie de la belle, l’autoportrait de la bête, « Presque parfait » est un sermon sur l’idiotie aveugle, sur ce qu’on croit et ce qui est, petite apologie de la banale vérité, une petite gifle bien donnée par une tête bien meublée, rock accessible mais punching-ball verbal, et là, encore une fois, la gamine est veuve noire de table d’écolier de basse-banlieue.

« C’était l’hiver » ne joue pas les traitres, elle explique dans son entrain enfantin de joyeuse musique légère, brin d’été, ce qui arrive aux amants dans les lavabos, ces laisser aller sauvages, ces amalgames de douleurs, saletés, images, plaisirs intérieurs, en fait, l’amour, c’est peut être ça, un paradis en plein enfer. « Salaud » joue sur cet unique thème des contrastes humains, plus lourdement, plus sale, plus dur, tant qu’on croirait presque qu’Odyl n’est seulement qu’une gamine, et que son jeu de femme fatale est tricherie, mais là, derrière la porte d’un water, monte la musique et se taisent petit a petit les mots, c’est le seul moment de cet Ep. Où la musique devient plus importante que la voix, mais rien n’y fait, cette puissance sonore évoque tout aussi bien Odyl qu’Odyl même, grande vertu, que celle qui fait que la musique soit autant toi que toi-même. La mélodie est une marche inaltérable de rages étouffées et de rebellions amoureuses.

Odyl promets parce qu’elle surprend, dans cet univers de cuir noir où s’affichent bien trop de potiches qui croient que provoquer c’est saliver habillées en haute-couture, non, Odyl le sait bien, provoquer c’est avoir le mot juste, juste ce mot pour s’en aller en fermant la porte d’un lavabo, le sourire vengeur a la bouche, beau moment de liberté. Etrangement, Odyl, une fois finie l’écoute de cet Ep., je me sens comme content, heureux, après ces claques, et je ne m’explique ni pourquoi, ni comment, mais ces quatre chansons, m’ont fait du bien, relax, j’en garde ces mélodies puériles sur ma superficie, en dedans, gronde la femme, je ne sais pas comment tu fais, je ne sais pas.




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