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Que fait un compositeur après une rupture amoureuse ? Logique : il écrit des chansons afin d’apprivoiser les cicatrices intérieures. Deux options s’offrent alors à lui : vider son sac dans un déluge narcissique souvent proche de l’impudeur (par exemple, Suzanne Vega racontant en détails sa séparation avec Mitchell Froom sur l’album « Songs in Red and Gray ») ou bien conserver dignité en trouvant de la luminosité musicale dans le flot des révélations crève-cœurs. Le deuxième album de Cults (dont nous avions probablement un peu trop vite écouté le précédent, mea culpa) se range dans la seconde catégorie : des sanglots plein les yeux, le duo (formé de l’ex couple Madeline Follin et Brian « Videodrome » Oblivion) possède l’avantage de composer des bombinettes 60’s à la production panoramique. Il ne s’agira donc pas, sur l’affolant « Static », de décalage entre des paroles minées et une musique feignant l’insouciance pop, mais bel et bien d’accouplement naturel entre légèreté et tristesse, puissance mélodique et spleen ravageur, boites de kleenex et tubes spectoriens (la production de ce disque est tout bonnement monstrueuse, aussi olympique qu’intimiste, autant universelle que chaleureuse).

« Static » aide ainsi à mieux encaisser la lourdeur du quotidien (ce qui, du reste, correspond à ce que nous attendons d’un disque triste enregistré par des gens tristes) : un orgue aussi lugubre qu’omniprésent nous rappelle que la tonalité ici présente ne prête pas vraiment au second degré ; en même temps, cordes, guitares et chant (Madeline Follin est à tomber raide) dessinent les contours tubesques d’un album acceptant parfaitement le paradoxe. Sur le déchirant « Always Forever » (une chanson que les garçons romantiques enverront dorénavant à leurs ex afin d’espérer reconquérir leurs cœurs), Madeline chante « You and Me / Always Forever / We Could Stay / Along Forever » alors qu’elle sait bien que l’idylle sentimentale est définitivement close. Elle semble se remémorer les premiers instants amoureux, lorsque le vertige sentimental permet de voir l’avenir en rose bonbon, lorsque le premier baiser décroche les amoureux de la réalité pour les plonger dans une insouciance et une naïveté à en perdre la valeur du rationnel. Sauf que Madeline Follin chante ces mots tendres comme si elle se trouvait sur un lit d’hôpital, en pleine sublimation d’un passé définitivement enfoui, s’accrochant à une lointaine pureté ayant depuis viré à la désillusion. Effet garanti : rarement une complainte amoureuse n’avait sonné si triste, si maussade, si désabusé… Et il en va de même pour chaque titre : rien que des tubes, certes (qui résistera à « Were Before » ou « So Far » ?)… mais toujours plombés (sournoisement, en creux) par des sons ou des tournures vocales entraînant un chancellement qui craquelle la belle harmonie des compositions.

Cults, du moins aujourd’hui, ressemble à un cousin proche d’Archet. Les deux groupes cultivent un amour commun pour les pop-songs 60’s qui envoient l’auditeur au Septième Ciel. Ils partagent également une certaine gestion du spleen. Là où Archet s’illumine écoute après écoute, Cults s’assombrie. Là où la mélancolie d’Archet permet finalement d’accéder à un certain bien-être, l’évidence pop de Cults fonctionne en chemin inverse : plus « Static » défile sur la platine, plus ses mélodies virent au noir, à la dépression légère, au marasme de tous les jours…




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