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J’avais chroniqué le précédent opus de The Gathering (l’excellent "Disclosure") pour Pavillon666. Et je suis aujourd’hui très heureux de chroniquer leur nouvel album mais pour ADA cette fois. Pourquoi ? Allez j’vous raconte.

Je vais essayer de ne pas faire la bio du groupe mais toutefois...j’adule The Gathering depuis si longtemps. Parce que quand Mandylion (1995) est sorti on a tous halluciné : ça explosait les frontières du metal d’une façon nouvelle. La trame restait sur fond doom gothique et atmosphérique, mais les regards se tournaient loin. C’était positif (si si), inspiré, ouvert, rafraîchissant. Et puis le cap fût franchi définitivement avec le somptueux "How to measure a planet", l’album de trip-rock planant par excellence. The Gathering réunissait les genres, ne se souciant plus de leur passé ni des émules qu’ils lançaient sans même leur prêter d’attention. L’avenir, c’est le présent pour The Gathering. Toujours excité par ses nouvelles orientations possibles, le groupe signera un "If then else" au sommet en guise d’adieu à Century Media. Car ils ont compris que s’ils voulaient s’affranchir de l’étiquette "metal", il fallait quitter l’étiqueteur. D’où mon bonheur d’écrire à leur propos sur notre cher webzine dédié à d’autres genres.

En avance sur son temps, ce groupe quitte l’écurie pour fonder son propre label et lance Psychonaut inauguré avec l’ep "Black Light District" et le superbe "Souvenirs", album nourrit au trip hop le plus inspiré.

Bref historique (raccourci) terminé, passons à Afterwords : un an à peine après l’excellent "Disclosure" le combo nous propose un de ses disques les plus surprenants à plusieurs titres. Jamais ils n’auront sonné aussi vaporeux, à rebours. Jamais ils n’auront été tant aux confins de la galaxie quasi orpheline du trip-hop, et jamais la voix n’aura été si peu présente. Après un disque avec des morceaux très catchy ("Paper waves" par ex) ils auront voulu développer pour le meilleur cette trame sur laquelle ils flottent depuis longtemps comme pour aller au bout d’une autre ambition. Après tout, l’ep "Afterlight" préfigurait ça avec des remixes voire des revisites de quelques titres de "Disclosure". On sent aussi que René Rutten a cherché à explorer plus loin que jamais ses capacités d’ingé-son (que je salue au passage). "Afterwords" continue donc cette logique, comme pour explorer l’univers des possibles, et se retrouve relier à "Afterlight". En cela l’objet est complexe car on pourrait dire qu’il ne s’agît pas d’un nouvel album vu le nombre de "nouveaux morceaux". Mais ici on nous montre que la composition ne tient pas qu’à un nouveau riff, mais qu’une orientation est bien une composition. C’est probablement le sujet principale de l’œuvre. "S.I.B.A.L.D" invite tout de suite à la sérénité tant par la mélodie que par les sons ouatés, comme une naissance. "Echoes keep growing" commence par le même genre d’atmosphère avec un son cyclique, un écho qui grandit, quand la musique parle. Le rythme est très trip hop, la belle voix de Silje se fait entendre et part dans de douces vocalises (en reprenant un thème du précédent album). C’est beau, et pur et même quand arrive l’explosion très imagée vers 4mn10, on ressent toujours ce sentiment de sécurité. Le disque met l’accent sur les ambiances et ce qu’on appelle "chansons" prend un autre sens. "Areas" vient tout de même équilibrer ce point, en douceur. On reste dans une optique oscillante entre post-rock et trip hop. Une écoute au casque révèlera un travail d’orfèvre dans les dimensions profondes des couches sonores.

Bart Smits, ancien chanteur de la très lointaine époque gutturale (avant Mandylion) vient dans un autre et très beau registre vocal à rappeler un peu Brendan Perry pour le titre "Afterwords". Un morceau intense, un des rares avec voix masculines (à part un enchanteur duo sur l’album "Souvenirs"). On reconnaît ici un peu plus le groupe par ce refrain, car s’il y a un trait particulier chez The Gathering, c’est leur capacité inouïe à faire des refrains qui emportent ! On parlait de Perry juste au dessus et voilà qu’on pourrait parler de Dead Can Dance avec "Turning in fading out" et son esprit contemplatif inspiré par quelques discrètes sonorités indiennes donnant un cocktail qui fait penser à "Anastasis". "Gemini III" est une belle revisite de la paire "Gemini" de Disclosure, disons plutôt une continuité, comme une troisième personnalité à une même mélodie. L’idée est très intéressante quand le résultat est aussi bon !

"Sleep paralysis" est le titre qui m’a le plus touché. C’est magnifique, avec une puissance intrinsèque et une force évocatrice, le son et la mélodie formant un couple qui se renforce sur la longueur. Autour de la seconde minute on touche l’extase avec guitare saturée en avant, rhodes qui adoucit le fond et lie l’ensemble dont la voix qui s’évade librement sans la contrainte des mots (quand je vous disais que Dead Can Dance rôdait, on reconnaît là un trait de Lisa Gerrard). Les arrangements sont minutieux et toujours utiles autant qu’inventifs. "Bärenfels" sera le témoin ultime du bouillonnement qui s’empare d’eux, contenant peut être des indices d’un futur possible.

Avec The Gathering on n’est jamais sûr de rien, encore une fois je suis pris au dépourvu, une habitude que j’aime depuis 18 ans. Le chant a ici peu de place, mais le titre nous fait comprendre l’objet du disque. Oui l’objet car voilà aussi, ce groupe ne vient que quand il a quelque chose à dire, un nouvel objectif, jamais pour se redire. Une bénédiction pour notre époque. Et si le silence parlait plus que les mots ?

La féminité du groupe les a sorti de la masse et on la retrouve ici sous un autre visage dans l’évanescence de leur son, l’aspect brumeux qui nous cocoone, comme une matrice chaleureuse et rassurante...avant les mots, quand les sons se construisent et nous viennent transformés par notre bulle protectrice de liquide. J’interprète oui, la pochette y invite et j’adore les disques qui s’interprètent. A votre tour !




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