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J’avoue, c’est étrange que je choisisse Paranoid pour une chronique, je suis plus a l’aise dans les calmes que dans les tempêtes, mais il y a toujours un quelque chose dans l’ouïe qui se fait raison, et puis savoir. C’est en écoutant le premier morceau du disque, je crois, ces matins où il faut prendre le métro que l’on veuille ou pas, traverser Madrid emmitouflé dans la foule de visages mutants qui change sans que je m’en rende compte, des sales gueules, mais le matin tous les hommes, les bons comme les chiens, ont des sales gueules, c’est dans cette ambiance de rien ne va plus qu’a commencé « Anytime » dans ce casque de réserve que j’ai au Mp3, un casque de mer…qui pourtant me donna la clef de mon choix.

« Ça sonne comme en plein concert, aussi sale qu’étudié » pensais-je tout d’un coup, sonorités de ces concerts typiques de jeunes groupes mordants les planches et déchiquetant les câbles dans des salles étouffantes, sans même un mètre pour balancer la guitare d’ouest en est. J’ai imaginé des Metallica encore timides et maladroits (je défie au passage quelconque dandy ou popeux de dire qu’ils n’aiment pas une once de Metallica, il y a dans ces groupes de l’art pour tous les gouts). Alors voila, je me suis dits qu’il fallait entrer un peu plus dans cette salle de concert, parce que c’est là que j’aimerai écouter du rock, du rock de rocher contre rocher, de poings, de rage, de sauter des falaises, de foutre des coups de pieds aux poubelles, le rock d’une certaine liberté violente autant qu’insouciante, d’un plaisir qu’on cri plus qu’on ne le sent. Un disque qui dit merde a un monde avec des effets radiohead et parle d’amour avec des attaques de basses maudites qui vous obligeront aux abus de points de suture.

Il y a du maladif Yorke (« Picture », « Am i slowing down ? »), des basses obsessives dignes des années eighties de Killing Joke « Anytime », en fait un buvard imbibée des encres d’autres, dont la tache obtenue nous plaira et nous désorientera, mais qui dans les sous-terrains madrilènes, pose une histoire sur chaque visage, un combat sur ces yeux, une erreur sur cette bouche, une libération sur ce geste furtif. Je me plais, je me plais dans cette salle de concert de rues secondaires de megacités, bousculé par ces jeunes lillois, bons musicaux, très bons et sur d’eux, « Nevermore » montre l’ampleur de leur savoir faire technique, et bien que ce ne soit pas ça qui m’attire le plus dans la musique (plutôt les sentiments), je soussigne que la balance entre art et métier est brillante. Et puis au diable, une bonne claque comme ce « Frail », ne fait que nous pousser a faire le pas suffisant pour sortir du wagon, sortir du métro, fuir des catacombes urbaines, mettre le nez dehors, et vouloir autre chose. Paranoid a une rage bien huilée en somme, les idées claires et la voix, les cordes et les peaux pour propager l’évasion des quotidiens de métro.




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