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« M’avez-vous déjà vu quelque-part ? » chantait Daho en ouverture de son sublime « Des Attractions Désastre ». L’insaisissable Etienne, en grand admirateur de Bowie, a parfaitement retenu la principale leçon du Thin White Duke : se réinventer en permanence, brouiller les attentes et devenir indéfinissable, imprenable. Le précédent Daho, « L’Invitation », plongeait tellement loin dans l’introspection qu’il était facile d’imaginer un nouvel album plus omniscient, un disque d’observations plutôt que de cautérisations. Restait à savoir quel style musical Daho allait-il s’accaparer…

Entouré par rien moins que Jean-Louis Piérot, Dominique A, Nile Rodgers, Au Revoir Simone, Jehnny Beth ou Debbie Harry, Etienne Daho brouille à nouveau les pistes. Le premier single de ces « Chansons de L’Innocence Retrouvée » (le diaboliquement électro « Les Chansons de L’Innocence », avec les filles d’Au Revoir Simone et Yan Wagner) semblait entrainer l’auditeur sur un chemin « Pop Satori » ; pendant que le second « hit », l’entêtant « La Peau Dure » (et son hommage à Bashung : « Je connais tes plaies, tes blessures ») nous renvoyait en pleine période « Paris, Ailleurs » (songwriting haute classe façon Lloyd Cole & The Commotions époque « Rattlesnakes »). Au finish, ni l’un ni l’autre. Bien plus proche de « Corps et Armes » (des cordes sur chaque titre, une sensation d’harmonie et d’élans paisibles), « Les Chansons de L’Innocence Retrouvée » n’est également pas le disque distancié que nous attendions. Daho, qu’il se rêve en simple conteur ou en psychanalysé, trouvera toujours les mots justes afin, consciemment ou non, de ne parler que de lui-même (de ce point de vue-ci, Daho serait, à plus d’un titre, notre Morrissey national). Et si notre côte d’amour pour ED jamais ne baissa (même après… dix, onze, douze albums – entre les coffrets, les compiles d’inédits et les disques officiels, nous avons arrêté de compter), cela ne tient finalement qu’à ce point essentiel : en s’exposant cœur et âme, Daho raconte également nos propres dilemmes, nos désillusions, nos attentes et nos espoirs (il y a toujours une lumière dans les chansons du rennais).

Dans une langue de plus en plus perfectionnée (car d’apparence simple), Daho, sur « Les Chansons de L’Innocence Retrouvée », décroche à nouveau le jackpot : nous pourrions citer chaque phrase de chaque chanson tant les mots se hissent ici mille fois au-dessus de la majorité des disques français. Car aussi bien les fans que les neutres (à part Jean-Louis Murat, personne ne déteste Etienne Daho) n’insistent suffisamment pas sur les textes complexes, profonds, à double ou triple sens, toujours extrêmement intimes de l’auteur. Voila ce qui marque en premier chef lors de notre entrée dans « Les Chansons de L’Innocence Retrouvée » : cette pudeur qui, à force de chercher l’essentiel et l’épure des mots, émeut, bouleverse…

Musicalement, « Les Chansons de L’Innocence Retrouvée » est le disque de Daho le plus perfectionné et addictif depuis « Corps et Armes ». L’apport de Nile Rodgers sur deux titres pourrait laisser croire à un album tendance soul / funk. Mais non : loin d’un bis repetita de « Paris, Ailleurs », Daho concocte cette fois-ci un mélange assez novateur entre chansons françaises, orchestrations pop, guitares new-yorkaises, funk discret et apartés houellebecquiènnes (le très barré « Onze Mille Vierges »). Autrement-dit : le nouveau Daho ne ressemble à rien de connu sinon à du… Etienne Daho ! La grande victoire de ce disque, au-delà de sa limpide qualité, pourrait tenir au fait que Daho est dorénavant un électron libre, un artiste qui inspire plutôt qui ne s’inspire, une belle personne qui ouvre des horizons et incite à l’expérimentation. Etienne Daho, expérimental ? Oui, absolument, et ceci dès… « Mythomane » !

« M’avez-vous déjà vu quelque-part ? »… Non, là, en écoutant « Les Chansons de L’Innocence Retrouvée », un album qui croise Darc et Bashung, impossible de classifier Etienne Daho ou de lui adjoindre une quelconque étiquette. Daho, aujourd’hui comme hier, a sans doute encore une humeur « down / down / down ». Très bien : c’est lorsqu’il est « down » que Daho est « top ».




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