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Je ne sais plus où je lisais ce retour en grâce de la musique étrange et hybride de Moondog.

Comment cette musique savante, jamais référencée de ce vieux viking pouvait-elle toucher un plus large public ?

Sans doute, certaines évidences sont à trouver dans sa nature intrinsèque, cabossée mais toujours résolument généreuse à l’instar de celle de Charlemagne Palestine ou de Captain Beefheart.

Longtemps le vieux barbu a connu son purgatoire, par trop considéré par beaucoup comme un musicien pour musiciens (Ultime insulte !!!)

C’est toujours fabuleux de découvrir la face cachée d’un artiste au single "one shot", ici au standard de Jazz que tout le monde connaît sans en savoir ni le titre ni l’auteur original.

Nature Boy qui de Nat King Cole à David Bowie, de Sinatra à U2 est entré en familier dans toutes les chaumières et s’y est insinué durablement.

Quand les plus curieux vont fouiller dans les crédits, ils y trouveront ce nom étrange, Eden Abhez.

Ce même Eden Abhez, auteur d’un hit mondial qui vivait avant l’heure dans les années 40 comme un hippie. Longue barbe, Robe longue, l’homme vivait chichement avec sa famille en dessous du L de la mythique pancarte d’Hollywood.

Marqué par le mysticisme oriental, l’homme dormait à la belle étoile et se contentait de peu (moins de 3 dollars par semaine).

Avant de découvrir sa musique, on sait déjà qu’Eden Abhez était un personnage à la marge, avec cet épisode de "Nature Boy" dans sa vie, comme un accident mal venu.

"Eden’s Island", c’est un album inconnu aux débuts des années 60 bien avant le Flower Power, avant les hippies, avant les orages du Vietnam.

Entre Merengue, Cha Cha au psychédélisme pionnier. Jamais narquois ou parodique. Tribalité des décors de films de Johnny Weismuller.

Animalité des plateaux arides des Andes avant l’ivresse des grands sommets.

Je me rappelle avoir fait écouter ce "Eden’s Island" à Jean-Sebastien Nouveau, patron de Colo Colo, Immune et des Marquises dont "Lost Lost Lost" n’est pas sans me rappeler fortuitement ces titres étranges là... Fortuitement car Jean-Sébastien ne connaissait pas Abhez.

Chaînon manquant entre le Mitchum chanteur et l’iconoclaste Coltrane, cette musique n’est ni Jazz ni Pop mais dans l’inclassable absolu.

Prenez "The Wanderer" au spoken word habité avec ses 30 ans d’avance et sa naïveté à tiroirs.

"Eden’s Island" est un album de climats, parfois océanique, parfois lagunaire, parfois aventureux, souvent téméraire.

Il se ballade en équilibre instable, en flâneur entre les bandes originales d’Hermann et les ritournelles suaves de Doris Day, comme hésitant entre les scores de Woody Allen avec un Sean Penn, guitariste halluciné et la maladresse désarmante d’Alice.

Traverser "Eden’s Island", c’est parcourir un sentier le long de cette île, ici baignée de lumières, ici abritée du vent, là mangée par la rôche... Toujours envahie par des anthropophages végétariens comme dans nos contes d’enfants.

Parfois, il faudra regagner ces criques pour s’abriter des tempêtes, des aurores et de la poussière, des courants, des échos du village qui montent vers nous, de ces grands bateaux qui approchent, de ce ciel en feu comme une cathédrale incandescente.

Parfois, il faudra s’allonger dans l’herbe verte et rêver le rêve à l’intérieur du rêve. Je suis le vent...le ciel...l’étoile du soir...tout...tout le monde et personne...




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