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Battle - Les machines sont partout, elles ont envahi nos vie, l’espace, le temps, les océans, les campagnes, nos cerveaux, la musique. Bientôt l’assaut final, elles sont prêtes à étendre leur domination totale sur nos âmes. Boys Noize (aka Alexander Ridha) est l’un de leurs champions, un général impitoyable et charismatique. Producteur allemand, remixeur réputé, les basses lourdes sont ses amies et servent une techno dopée aux hormones de croissance. A la tête de ses légions électro, il terrorise la planète musique.

Battle - Jason Charles Beck aka Chilly Gonzales sait lui aussi parler aux machines. Il aurait pu faire allégeance, carrière et obtenir gloire et fortune. Mais ce qu’il préfère c’est murmurer aux marteaux des pianos. Alors il est notre seul espoir dans cette guerre fratricide. Un talent fou, une créativité sans limite mais des comportements parfois fantasques. Fera-t-il le poids face aux bastonneurs électro du camp d’en face ?

Battle - Round d’observation, Gonzales chauffe ses doigts gentiment sur le piano, les yeux plantés bien droits dans ceux de l’Allemand, mise en oreille légère que Boys Noize essaye de perturber à coup de petits effets grinçants, à coup de pierre ponce électro. Mais le Canadien ne se laisse pas impressionner, il laisse même venir les machines, il les laisse approcher. Commence alors un étrange ballet entre les combattants, une capoeira libre et fluide, ludique, enjouée, ils se toisent, s’entremêlent, se touchent, s’éloignent, s’affrontent du regard, se provoquent à tour de rôle, reviennent emmêler leurs armes sans jamais frapper, mais le pianiste fou reste campé sur ses positions, il ne cède pas un pouce de terrain aux boucles et autres beats du camp adverse, obligés de reculer après chaque assaut.

Battle - Les machines montrent leurs muscles, crient plus fort, tentent le coup de l’intimidation, montent le son et lâchent les BPM, elles encerclent Chilly Gonzales qui continue à jouer le sourire accroché aux lèvres, imperturbable, tranquille et même joueur. On dirait qu’il les laisse s’épuiser sûr de son coup, ses doigts de feu virevoltent sur les touches pendant que le producteur allemand s’échine à vouloir passer frontalement. C’est déjà sans issue pour lui. Il ne passera pas en force, il voit même quelques uns de ses combattants relâcher leur attention et céder aux sirènes mélodieuses et symphoniques du Canadien. Ça sent la fin. Le commandeur des machines aura perdu sans comprendre ce qui lui arrive. Une dernière tentative, trop molle. The End.

Battle - Alors le pianiste se lève, déplie son corps, époussète sa tenue, l’arrange et s’avance vers son adversaire, les deux généraux se rapprochent, se dévisagent une dernière fois avant de tomber dans les bras l’un de l’autre, hilares, comme si tout cela n’avait été qu’une vaste blague. Une Battle pour de rire. Un match de catch truqué plutôt qu’un combat de boxe à mort. Du spectacle, pas de blessés.

Étrange association que celle du pianiste Chilly Gonzales et de Boyz Noise tant leurs univers et productions réciproques sont éloignées ; sur le papier on avait même tout à craindre de ce duo de mastodontes qui pouvait engendrer une pâtisserie écœurante trop crémeuse, trop sucrée. Et puis l’écoute de l’album l’emporte. Le talent du pianiste canadien, quelques mélodies belles à s’émouvoir, dominent l’ensemble obligeant le producteur allemand à mettre un peu de douceur dans son approche. Si l’électro est bien présente, si les nappes et le boucles apportent une dimension un peu éthérée, vaporeuse en s’insinuant dans jeu de piano l’obligeant à se faire acrobatique, c’est bien la tonalité romantique, symphonique du canadien qui donne le ton avec ses mélodies fines et le tempo fluctuant de sa douce folie dadaïste qui affleure à chaque coin de morceau. Au final, pas une révolution loin de là, mais un vrai plaisir hédoniste et assez simple (si l’on fait exception de quelques boursouflures évitables ça et là et de l’intervention vocale de Chance The Rapper vraiment pas indispensable). On retrouve finalement la liberté de ton de l’album et le charme du « Ivory Tower » de Gonzales (produit en 2010 par… Boys Noize).




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