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Des artistes de la veine de Tricky, il y en a très peu. Capable de forger le son d’une époque, et de survivre artistiquement au temps. De poursuivre inlassablement un travail créatif, passionnant, cohérent et renouvelé. On peut chercher la moindre faiblesse dans une discographie qui couvre à présent plus de deux décennies. Il n’y en a pas. Ce que l’on trouve en revanche, c’est un alliage essentiel et unique, une musique urbaine, LA musique urbaine par excellence. Qui condense et concentre le hip hop le jazz l’electro le rock. Dans une démarche, une intégrité sans équivalent. Cette voix qui déchire littéralement l’espace, accompagnée d’une présence plus douce, féminine, toujours sombre ou mélancolique. Cette musique est un battement tribal, une pulsation primitive et, à la fois, hyper technologique. Une musique hybride, sérielle, qui n’est pas un crossover, mais une véritable langue. A part et transcendante.

Tricky ne chante plus depuis longtemps...Il peut se contenter de murmurer, de lâcher quelques mots qui se désintègrent et s’évanouissent dans un nuage musical sombre, enveloppant, étouffant, enivrant. L’étrangeté affleure à chaque instant comme incantation, conscience politique et engagement artistique maximal. Il retranscrit ce que les rues produisent, ce que l’époque, sa guerre moderne, secrète. Ce qu’elle engendre aussi de violence sociale, d’injustices et de fractures. Et ce, sans jamais sombrer dans un engagement maladroit, mais au service d’une oeuvre que je n’hésite pas à comparer à celle de Miles Davis ou de Coltrane. Elle a en elle le même souffle expérimental et la même volonté d’hypnotiser. D’éveiller par la transe. Et d’élever l’âme et le corps. In fine, même lorsqu’elle vise à faire danser, la musique de Tricky génère de la réflexion. Et de la profondeur.

Et si cet album porte tout simplement le vrai nom de Tricky, il faut peut-être y voir son envie de plus en plus évidente de creuser un sillon autobiographique, d’écrire au sens littéral du terme. De raconter la vie et le parcours d’un enfant de Bristol au XXIème siècle. De Maxinequaye (Maxine Quaye est le nom de sa mère, qui se suicida alors qu’il n’avait que quatre ans) à Adrian Thaws, l’ombre d’une vie chaotique et brillante, consacrée à la création, plane et infuse. Et construit peu à peu un monument musical contemporain.




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