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Ce second opus des Montréalais de Half Moon Run a été enregistré en Californie, pour mettre du soleil, de la « liberté » dans cette musique qui sinon pourrait être engoncée. Car si je regarde toujours les feuilles de presse avec l’inquiétude du mauvais copieur qui risque de se faire avoir, là je me suis fais un (malin) plaisir à lire celle du groupe, monument dans son genre. Elle est longue, verbieuse et pourrait mener au suicide le chroniqueur qui doit rendre un papier de 500 signes à un rédacteur en chef aux agissements proche d’une geolié à Guantanamo.

Elle nous présente un groupe qui pourrait paraître « un rien » prétentieux, tellement égocentré et plein de petits dogmes qu’il ferait même pas plus envie que l’écoute du prochain album de Zazie en compagnie de son caniche nain. Précieux, Devon Portielje, Commer Molander, Dylan Philips et Isaac Symonds enrubannent leur musique dans des postures qui pourraient éloigner même les plus blindés du music-circus, alors qu’au final ces chansons sont des fulgurances arrivées après des séances de surf sur les plages californiennes.

Si le groupe n’a répondu qu’a ses propres exigences, au final il répond aussi à celles des enceintes sportives, car « Sun Leads Me On » s’est éloigné du alt-folk (I Can’t Figure Out What’s Going On est le point de convergence) pour une pop panoramique avec plein de moments à chanter uniquement éclairés d’une ampoule à basse tension (Turn You love va faire exploser une centrale nucléaire, et faire pleurer les émotives), ou par les milliers de téléphones portable enregistrants ce moment quasi mystique. Les compositions sont aussi remarquables qu’elles sont gonflées pour assurer les poussées de râles mélancoliques (It Works Itself Out est à la fois une chanson que l’on croiserait sans déplaisir chez Radiohead, mais qui ici est ampoulée au point d’en devenir grandiloquente). Mais je ne vais pas vous mentir, j’ai fini par me faire prendre notamment sur le dernier morceau « Trust » sorte de tour de Babel qui pousserait comme un haricot géant sans que nous soyons en capacité de véritablement deviner où elle va tourner ou s’arrêter.

Le disque fourmille de bons morceaux trop bien emballés pour que nous souscrivions aux atermoiements arty d’un groupe qui finira par faire le tour des stades avec comme sponsor une marque d’enceinte survitaminée ou celle d’un téléphone qui reproduit de façon bluffante les bougies.

Le lyrisme du groupe est ici paroxysmique, et si ils « étaient saturés les uns des autres et du groupe » comme le dit la feuille de presse, je peux douter de la viabilité d’une tournée avec ce disque, le groupe pouvant dés lors se voir noyer par des marées humaines, et là pas de planche de surf pour échapper à la vague. S’en remettront ils ? d’ici là la Lune et le Soleil continueront de jouer à cache cache.




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