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Le disque tract, le disque "politique" n’a pas toujours eu bonne presse, surtout dans certains milieux. Il est souvent soit raillé pour le mélange des genres, ou balancé dans la fosse commune des arrivistes. Rares sont les exemples de réussite dans ce domaine alliant à la fois qualité artistique et succès public. En France trop souvent nos contemporains nous abreuvent des saillies perfides et bas du front, soit d’un ancien alcoolique pantin d’une économie exsangue ou celles d’un ersatz de Maïakovski aux problèmes de peau adolescent, laissant les efforts souterrains d’un Rodolphe Burger (Egal Zero) ou plus récemment de Michel Cloup ou de Gontard ! à une frange plus souterraine, des disques comme une lutte ouvrière et rock. En Angleterre l’art, et la musique en particulier a toujours emporté avec elle les échos des luttes, utilisant le sang et la sueur du prolétariat pour alimenter une diatribe et une musique qui, si elle ne pensait pas pouvoir changer le monde, voulait au moins essayer de le rêver ce changement.

Alors que les Anglais devaient décider de rester ou non au sein d’une Union européenne des marchés financiers et des costumes à la cravate soignée, deux membres d’Archive lancèrent via leur projet Birdpen l’idée d’un disque pour défendre l’Europe, une Europe rêvée et pas celle actuelle. La matière était donc difficile à travailler, et de savoir que Dave Pen et Mike Bird étaient les porteurs de ce projet ne me laissait pas un espoir infini, ayant depuis pas mal de temps laissé les productions d’Archive à la frontière de mes propres oreilles, ne pouvant concevoir un traité de libre-échange avec cette musique qui semblait arracher avec les dents le texte fondateur qu’était londinium.

Alors je ne sais pas si c’est l’importance du sujet et l’ambigüité de défendre une idée tout en maltraitant ceux qui sont normalement là pour la porter, mais les deux compères parviennent à nous offrir un disque rageur et profond avec comme climax un morceau épique de plus de 10 minutes le "The Solution is the Route of All My Problems" dans lequel Arcade Fire semble se battre avec rage, mais droit dans ses bottes contre des vapeurs brunes. Aux antipodes d’un plan d’austérité pour affamer un auditeur afin de faire comprendre à l’autre ce qu’il pourrait lui arriver, le disque est d’une générosité étonnante, parfois trop peut être comme sur "Trust" (n’est pas Cathal Coughlan qui veut).

O’Mighty Vision, si il aura été un acte politique vain, car les Anglais décidèrent quand même de quitter l’Europe économique, il restera un geste artistique, certes non sans défauts, mais avec une forme de lyrisme dans l’engagement, qui me fait dire que rien n’est pas totalement perdu, des membres d’Archive peuvent sortir un très bon disque. Putain putain, Birdpen c’est vachement bien




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